Après l'élection de Pierre-Yves Maillard, le Conseil d'Etat vaudois doit cette semaine décider de la nouvelle répartition des départements. Trois scénarios sont envisageables.

1. Scénario du moindre changement

Le socialiste Pierre-Yves Maillard reprend simplement le Département des institutions et des relations extérieures (DIRE) que dirigeait le socialiste Pierre Chiffelle.

Tous les autres conseillers d'Etat restent à leur poste, ce qui correspond au programme de quatre d'entre eux. Les radicaux Pascal Broulis et Jacqueline Maurer souhaitent rester respectivement aux Finances et à l'Economie. L'écologiste François Marthaler veut garder les Infrastructures, où il est entré il y a un an. Personne ne voit Anne-Catherine Lyon changer de place. Tout au plus la patronne socialiste de Formation et Jeunesse (DFJ) ambitionne-t-elle d'accueillir dans son département les Affaires culturelles, actuellement au DIRE. Ce scénario du moindre changement est le plus simple, mais c'est le moins probable. L'UDC Jean-Claude Mermoud, actuellement à Sécurité et environnement (DSE) a envie de changement et a fait connaître son intérêt pour le DIRE, qu'il dirige par intérim depuis août, et il est en position d'obtenir gain de cause.

2. Scénario intermédiaire

Le socialiste Pierre-Yves Maillard reprend le Département de la sécurité et de l'environnement (DSE) de Jean-Claude Mermoud, qui passe au DIRE.

A la tête du DIRE, Jean-Claude Mermoud conserverait le dossier de l'asile, qui lui a permis de se profiler, alors que le sujet est dangereux pour la gauche. La majorité bourgeoise se voit bien par ailleurs reprendre les relations avec les communes. Mais le DIRE présente un intérêt plus large, pour Jean-Claude Mermoud comme pour tout le centre droit, dans la mesure où il préfigure le Département présidentiel qui verra le jour en 2007, après les élections générales, et pour lequel chaque camp met ses marques, Anne-Catherine Lyon étant la mieux placée à gauche. Au DSE, le format politique de Pierre-Yves Maillard risquerait certes d'être quelque peu sous-utilisé. Mais le nouveau venu socialiste aurait l'avantage d'y faire ses premières armes exécutives sans trop s'exposer. En plus de son appétit pour le DIRE, on prête aussi à Jean-Claude Mermoud l'envie de ne pas lâcher la police pour autant. Un regroupement, qui viderait par trop le DSE de sa substance, paraît toutefois peu probable.

3. Scénario du triple changement

Jean-Claude Mermoud passe au DIRE, le libéral Charles-Louis Rochat le remplace au DSE et c'est Pierre-Yves Maillard qui prend le lourd Département de la santé et de l'action sociale (DSAS).

Ce roque-là, outre les nouvelles affinités de Jean-Claude Mermoud pour le DIRE, prend en compte la lassitude, déjà évoquée l'an dernier, de Charles-Louis Rochat pour le DSAS. Il aurait l'avantage de partager entre deux conseillers d'Etat la connaissance de ces dossiers santé compliqués de flux financiers croisés entre Confédération, canton et assurances. Ce serait aussi une façon d'éviter qu'un – éventuel – retrait de Charles-Louis Rochat en 2007 ôte au collège toute mémoire de ces sujets.

Avec DFJ et DSAS, la gauche se retrouverait toutefois à la tête des deux départements-mammouths, ceux qui commandent plus de la moitié du budget de l'Etat. Parmi les libéraux, on relativise toutefois l'obstacle en notant que l'orthodoxie financière se surveille désormais en groupe, et que Pierre-Yves Maillard aurait finalement peu de marge de manœuvre. Et l'on glisse que des dossiers transversaux comme Police 2000, avec son lot de relations Etat-communes, ont plus d'importance.

Il y a sans doute d'autres arrière-pensées. Vu sa taille, le DSAS a pour effet quasi automatique de neutraliser tout nouveau détenteur, qui n'a guère de disponibilité pour s'occuper des affaires des autres départements. Pour un élu de gauche comme Pierre-Yves Maillard, il est de surcroît très délicat. S'il se conforme à l'austérité ambiante il va mécontenter son propre électorat. S'il l'ignore, il va écorner son aura d'homme responsable, bien nécessaire pour qui vise un changement de majorité en 2007. A gauche, on ne saute d'ailleurs pas de joie devant ce scénario.