D'aucuns raillent des microfusions de l'infiniment petit. Pourtant, en à peine un an, à la veille des élections communales du 30 novembre 2008, le Jura enregistre un vaste mouvement de fusions de communes. Vingt-neuf (dont 28 comptent moins de 700 habitants) des 83 entités locales ont voté depuis juin 2007 et 26 ont accepté de constituer sept nouvelles communes. Le 1er janvier 2009, le canton recensera 64 communes et aura biffé 25 entités locales de moins de 700 habitants.

Le parlement doit ratifier le processus en septembre et débloquer les subventions promises: 500 francs par habitant, pondérés en fonction de l'indice des ressources. Il en coûte ainsi 4,5 millions au canton, qui ne dispose que d'un fonds de 3 millions. Le gouvernement propose une «avance de fonds» pour honorer ses engagements.

Un lent départ

S'il a été lent à se mettre en branle, le mouvement de fusion a connu un bon succès. Le Jura aurait-il trouvé la formule qui convainc? Chef du Service cantonal des communes, Jean-Louis Sangsue a surtout misé sur le pragmatisme. «Il y a une évolution des mentalités. Mais pas forcément au profit de grandes visions. Cette évolution s'est construite sur la réforme des corps de pompiers.»

En 2000, le parlement jurassien adoptait la loi sur les Service de défense contre les incendies et de secours, les SIS. D'un coup, le Jura est passé de 81 corps locaux à 18. «Il a fallu aller se frotter aux habitudes de la Haute-Ajoie, de la Baroche ou du Clos-du-Doubs, se souvient Jean-Louis Sangsue. Mais après discussion, nous avons montré qu'il était possible de travailler à plusieurs communes. Comme c'était déjà le cas pour le traitement des eaux.» A suivi la régionalisation des stands de tir, de 23 à 4 en Ajoie, de 9 à 2 aux Franches-Montagnes. Ces restructurations ont tissé des liens entre maires et élus locaux.

Brandissant le «désintérêt croissant pour la chose publique - combien de conseils communaux sont incomplets?», Jean-Louis Sangsue, pressé par le ministre Claude Hêche, a initié des «comités de fusion». Réunion d'édiles, soutenus par l'administration cantonale, pour envisager un avenir institutionnel commun. «Un projet a servi de locomotive, la fusion volontaire de Saignelégier avec ses voisins Goumois et Les Pommerats», note Jean-Louis Sangsue.

En quatre ans, huit comités ont travaillé, un seul a échoué, dans les vallées ajoulotes de la Covatte et de la Vendline. Les sept autres ont abouti. «Je suis agréablement surpris, commente le haut fonctionnaire. Surtout quand je vois que nous sommes arrivés à nos fins dans des régions qu'on croyait minées par les résistances, la Baroche, la Haute-Ajoie ou le Clos-du-Doubs.»

Le haut fonctionnaire a habilement manœuvré. Evitant la remise en question d'acquis patrimoniaux. «Touchez à la répartition des surfaces agricoles, et vous n'arriverez à rien!» Il s'est encore gardé d'avancer d'impossibles promesses. «J'aurais bien voulu aller clamer qu'avec l'allocation cantonale de fusion on pourrait baisser les impôts ou réaliser tel ou tel projet. Mais il a fallu être honnête et faire comprendre que les communes jurassiennes sont gravement dans le rouge.»

500 francs par habitant

En octroyant 500 francs par habitant, le canton n'a-t-il pas fait montre de pingrerie? Un montant de 1000 francs avait été évoqué au départ. «Mais le Jura n'a pas ces moyens financiers», tempère Jean-Louis Sangsue. C'est finalement le pragmatisme froid qui l'a emporté.

A moins d'un an de la retraite, Jean-Louis Sangsue se permet un conseil politique à son gouvernement et son parlement. «L'Etat doit aller à la rencontre des communes», dit-il. Pour renégocier la répartition des tâches et des charges. Après avoir cantonalisé les coûts de la santé, il faut passer à l'étatisation des frais d'enseignement. «Et revoir la péréquation. Il ne sert à rien d'arroser toutes les communes, notamment celles qui ne se remettent pas en question», lance Jean-Louis Sangsue.

La réduction de 19 communes au 1er janvier 2009 n'est qu'une étape. Le gouvernement prône la diminution d'un tiers des entités locales. Aucune fusion n'est intervenue dans le district de Delémont. «La mentalité y est différente», constate le patron des communes. Mais des projets sont évoqués: dans le val Terbi, la Haute-Sorne, sur le plateau de Pleigne, dans l'agglomération de Delémont. D'autres rapprochements sont envisagés, au sud-est des Franches-Montagnes ou dans la couronne de Porrentruy.

Trois communes au final?

Pourquoi ne pas oser, comme le suggère l'Assemblée interjurassienne, le grand saut vers trois communes, recouvrant les actuels districts? «Je n'y crois guère, relève Jean-Louis Sangsue. Encore qu'il y a quatre ans, qui pensait qu'il y aurait dix-neuf communes en moins dans le Jura? Il y a pourtant deux obstacles majeurs au dessein que vous évoquez. La fiscalité, dont l'écart s'accroît entre les communes, alors qu'il faudrait la resserrer et avoir un taux cantonal unique pour les personnes morales pour envisager des fusions à large échelle. Et la délicate question des bourgeoisies. Il faut les supprimer si vous voulez faire trois communes. Et ça, c'est une autre paire de manches.»