urbanisme

A La Praille, Genève croit toujours aux tours

Alors que les contours du projet stratégique de Genève se dessinent peu à peu, en prévoyant trois tours de 170 m, la réalisation tarde toujours. A L’Etoile, les premiers bâtiments sortiront de terre en 2020 au plus tôt

«Ce quartier étant le symbole du dynamisme de Genève, il était évident pour nous d’aller jusqu’à la hauteur maximale possible.» L’architecte genevois Pierre-Alain Dupraz, qui vient de remporter avec son confrère portugais Gonçalo Byrne le concours d’urbanisme de L’Etoile, prévoit la construction de plusieurs tours, dont trois de grande hauteur, dans ce quartier qui doit devenir le pôle principal du vaste ensemble de La Praille Acacias Vernet (PAV). Tout cela n’existe encore que sur le papier. A L’Etoile, les premiers bâtiments sortiront de terre en 2020 au plus tôt.

Les controverses sur les tours n’ont pas dissuadé Genève d’aller de l’avant, si l’on en croit les résultats du concours proclamés lundi. Il n’est plus question d’y élever la plus haute tour de Suisse, comme l’envisageait il y a quelques années une première vision d’un Manhattan genevois. Un tel record est désormais laissé à la tour Roche de Bâle, qui le détient actuellement avec ses 174 m. Mais les tours s’en approcheront tout de même, puisqu’elles pourront culminer à 172 m maximum, selon les limites légales du plan directeur de quartier.

Le projet urbanistique retenu pour L’Etoile, qui se situe presque entièrement sur la commune de Carouge, prévoit un quartier mixte contenant 1500 logements, activités économiques et des équipements publics. Le plan est basé sur des îlots en front de rue, dans la continuité du bâti ancien de Genève, avec une place centrale, un parc aussi vaste que celui des Bastions et la remise à ciel ouvert du cours de la Drize, qui se jette dans l’Arve.

Nouveau palais de justice?

Il est envisagé de regrouper dans le nouveau quartier le Ministère public et les tribunaux genevois, actuellement dispersés sur de nombreux sites. Une option dont se félicite le conseiller d’Etat Antonio Hodgers, responsable du territoire cantonal. Le magistrat vert estime en substance qu’une telle implantation ne peut que renforcer la crédibilité du PAV comme «nouveau centre-ville» de Genève.

C’est notamment parce qu’il est réalisable par étapes que le projet des architectes Dupraz et Byrne a été retenu, à l’issue d’un concours international d’urbanisme auquel ont participé onze équipes pluridisciplinaires. Le territoire concerné étant loin d’être immédiatement disponible, les idées forces doivent pouvoir tenir le coup sur des décennies. La grande place elliptique évoquant l’urbanisme baroque avec laquelle un autre concurrent séduisait beaucoup risquait ainsi de ne pouvoir être réalisée qu’à moitié pendant fort longtemps, explique l’architecte cantonal Francesco della Casa.

Propriétaires intéressés

Trois des actuels propriétaires du site de L’Etoile, la banque Pictet, UBS et la société Previgest étant intéressées à réaliser des opérations immobilières rapidement, de premiers immeubles pourraient sortir de terre durant la décennie, estiment les responsables de l’urbanisme genevois. Sur l’ensemble du quartier, en revanche, comme dans tout l’ensemble du PAV, des droits de superficie courent encore jusqu’en 2060.

Si les contours des divers volets du PAV (230 hectares au total) se précisent peu à peu au fil de la proclamation des résultats des concours, pas une seule pierre n’a encore été posée et les échéances de réalisation se sont éloignées à plusieurs reprises depuis que l’on parle de ce nouveau quartier stratégique. L’élément le plus avancé est constitué par les deux immeubles de La Marbrerie, pour lequel le dépôt de l’autorisation de construire tombera cette année. Aux Vernets, sur le site occupé par les anciennes casernes, le concours d’urbanisme a été accompagné d’un concours d’investisseurs, qui a été prolongé mais devrait être tranché au printemps prochain. La construction du nouveau quartier des Vernets, sur des terrains entièrement en mains de la collectivité, devrait commencer en 2019, estiment les autorités cantonales.

Aux procédures administratives se mêlent les questions politiques sensibles et non résolues: les parts respectives, non seulement des emplois et des logements à l’intérieur du PAV, mais aussi des types de logement vont l’objet, font encore l’objet de rapports de forces politiques qui pourront finir devant le peuple. Le canton et les trois communes concernées (Genève, Carouge, Lancy) se sont mis d’accord en décembre sur les grandes lignes du financement des espaces publics, dont le montant est évalué à 2,5 milliards de francs. L’implication des investisseurs privés dans ces coûts reste à définir.

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