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Un chantier ferroviaire au Tessin 
© FRANCESCA AGOSTA / Keystone

Tessin

Pratiques «mafieuses» dénoncées sur deux chantiers des CFF

Dans le cadre d’une enquête pénale, une société italienne, active dans les Grisons et au Tessin, est soupçonnée d’exploiter des ouvriers

Les CFF sont visés au Tessin par une enquête sur des pratiques illégales dénoncées sur deux de leurs chantiers. A la suite d’une opération menée avec la police grisonne, la commission paritaire et l’Office de l’inspection du travail tessinois, 119 ouvriers des entreprises de construction, des fiduciaires et des agences de travail temporaire ont été contrôlés, annonçait récemment le Ministère public.

En point de mire: une entreprise italienne, possédant une filiale à Grono (GR) et active au Tessin dans la pose d’armatures de fer. Le procureur Paolo Bordoli soupçonne que des ouvriers ayant travaillé pour la société italienne, «loués» via des agences de placement de travailleurs temporaires, ont reçu des salaires nettement inférieurs à ceux prévus par le contrat type du secteur. Mais le délit principal pourrait être l’usure: au-delà du dumping salarial, il est reproché à cette entreprise de verser un salaire à des ouvriers tout en exigeant qu’une partie de cette rémunération soit restituée. Un procédé qui rappelle ceux de la mafia, note le syndicat.

Contacté par Le Temps, le porte-parole des CFF, Patrick Walser, indique que l’entreprise respecte la loi sur les marchés publics et les règlements complémentaires, afin d’éviter le genre d’abus présentement suspecté. «Il serait prématuré de prendre une position à ce stade, nous attendons les conclusions de l’enquête en cours», ajoute-t-il.

«La pointe de l’iceberg»

Le syndicat Unia travaille sur ce dossier depuis plusieurs mois. Son secrétaire, Enrico Borelli, n’est pas surpris qu’une grande entreprise publique puisse être impliquée dans un tel cas. «C’est la pointe de l’iceberg, assure-t-il, le marché du travail tessinois est dans une situation dramatique. Depuis sept à huit ans, les conditions de travail et salariales se sont détériorées.»

«Chaque semaine des syndicalistes témoignent devant la justice pour des délits de nature pénale, ajoute-t-il. Outre les salaires tronqués, on assiste à des cas de traite d’êtres humains, avec documents confisqués et travailleurs qui dorment sur les chantiers. La criminalité devient systématique au Tessin, plusieurs centaines de travailleurs en sont victimes.»

Déclin lombard

Le syndicaliste attribue la cause première de ce phénomène au fait que la Lombardie, locomotive de l’Europe il y a dix ans, compte aujourd’hui 350 000 chômeurs. De plus, les accords bilatéraux ont entraîné un grave problème de dumping salarial et les mesures d’accompagnement pour le combattre sont insuffisantes. Enfin, les chaînes de sous-traitance complexes favorisent l’absence de transparence et les abus. «Les entreprises et les agences de travail temporaire ont une grande responsabilité par rapport au contexte actuel», estime Enrico Borelli.

Un directeur d’agence de travail temporaire, qui préfère garder l’anonymat, considère que comme partout, il existe des moutons noirs dans le secteur. «Mais la majorité des agences sont sérieuses, respectent la loi et sont sévèrement contrôlées.» Selon lui, en dernière analyse, les responsables des abus sont les politiciens: «A tous les niveaux, ils accordent les contrats publics aux entreprises italiennes, moins chères. Celles-ci exploitent leurs concitoyens qui acceptent des conditions aberrantes parce qu’ils sont désespérés.»

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