«La sélection se fera dans un «Jekami», titrait récemment un journaliste saint-gallois. «Jekami» est un acronyme alémanique pour un événement durant lequel chacun peut avoir son mot à dire («jeder kann mitmachen»). Le commentateur faisait référence au second tour des élections cantonales. Ce dimanche, les citoyens de ce canton d'un demi-million d'habitants doivent choisir les deux noms qui complèteront leur gouvernement.

Chacun pour soi

Les cinq sortants (2 PRD, 1 PDC et 2 PS) ont été réélus facilement le 16 mars. Or, pour les deux sièges restants, sept candidats sont en lice. Aucune alliance tactique n'a vu le jour. C'est la tendance de la culture politique du moment, celle du chacun pour soi persuadé d'être sur la bonne voie, conclut le journaliste. «A la quantité, les électeurs préféreraient sans doute trois ou quatre candidatures porteuses.»

L'échéance saint-galloise est palpitante. Dans le canton de Toni Brunner, tout frais président UDC, le parti a de fortes chances de concrétiser un vœu qui lui est cher: une entrée au gouvernement. Désormais première force (41 sièges sur 120 au parlement, soit 33% contre 14 sièges sur 180 en 1996), triomphant aux élections fédérales (35%), il veut montrer qu'il peut gouverner.

Candidat inconnu avant la campagne

De nombreuses voix, notamment radicales, confessent qu'il serait bon de l'accueillir à l'exécutif. Son candidat de 38 ans, Stefan Kölliker, inconnu avant la campagne et au discours sans relief, est sorti en tête des viennent-ensuite. Parfait prototype des candidats UDC éligibles: pas tapageur, sans marque distinctive particulière mais fidèle à la ligne de croisière. Il a focalisé sa campagne, très soutenue par un certain Christoph Blocher, sur la baisse d'impôt.

Le climat est nettement plus tendu dans les rangs démocrates-chrétiens, qui ont perdu 3 places au parlement. Saint-Gall reste l'un de ses cantons bastions. Le parti qui aspirait à glaner un 3e siège au gouvernement doit désormais sauver son 2e siège. Lors du premier tour, la très reconnue - et controversée - Lucrezia Meier-Schatz, conseillère nationale et cible no 1 de l'UDC depuis l'affaire Roschacher, n'est pas parvenue à assurer sa place. Son parti l'a priée, elle et son colistier Armin Eugster, d'abandonner la course. Il a misé sur un nouveau poulain, Martin Gehrer. Cet actuel chancelier est très connu des élus cantonaux, plus à même de s'adjuger un large spectre de voix, mais sans expérience politique.

PDC: tendance à la baisse

Dans le camp PDC, la tendance est depuis plusieurs années à la baisse. De nombreux partisans conservateurs ont choisi un camp plus à droite, moins urbain, celui de l'UDC. Dans certains de ses fiefs, comme la commune d'Alstätten dans le Rheintal, le parti du centre a enregistré des chutes vertigineuses de 30% durant les deux dernières décennies.

Deuxième siège disputé

Pour ce deuxième siège au gouvernement, la tâche s'annonce rude même si les observateurs et un récent sondage misent sur une réussite démocrate-chrétienne, celle de «la raison». Le soutien de tiers ne sera pas une évidence. Les radicaux, déjà surprésentés avec deux élus au vu de leurs résultats, ont gardé leur candidat Andreas Hartmann. A gauche, où les pertes ont été fortes au parlement et où l'on dispose déjà de deux ministres socialistes, les soutiens vont à la conseillère nationale verte Yvonne Gilli, très active dans la vie publique du canton. Deux indépendants sont encore en lice, Rolf Huber et Alice Egger, ainsi que Markus Giger membre des Démocrates suisses.

La mobilisation de l'UDC

L'étape saint-galloise gagne encore en intérêt si l'on considère les élections des mois qui ont suivi le 12 décembre. Que ce soit dans les cantons avec une jeune UDC, inspirée des méthodes blochériennes, ou dans le bastion thurgovien de l'UDC de la vieille école, le constat est le même: le parti est ressorti gagnant. Dernière victoire, celle enregistrée à Nidwald lui a permis de voler au PDC une place au gouvernement. A Saint-Gall, la polémique autour de l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf et du documentaire de la télévision alémanique a attisé les conversations ces dernières semaines. Ici le camp de l'UDC, en constante croissance depuis sa création en 1992, supporte la ligne blochérienne. Le parti a une vertu que les autres peinent à soigner, note un observateur: la mobilisation pour rencontrer l'électorat.