Le non à l’initiative «No Billag», qui exige la suppression de la redevance radio-TV, se précise. Selon le premier sondage de l’institut gfs.bern pour le compte de la SSR, il a 22 points d’avance sur le oui: 60% des personnes interrogées comptent rejeter l’initiative, contre 38% qui disent la soutenir.

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Ce sondage confirme la tendance notée par le groupe Tamedia la semaine dernière. L’écart est important et laisse entrevoir un rejet de l’initiative dans la mesure où la campagne, lancée voici près de trois mois, a déjà permis de cristalliser les opinions. Les indécis (2%) ont quasiment disparu. Quant à ceux qui se disent «plutôt» pour ou contre, ils ne sont que 12% dans chaque camp.

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Clivage générationnel confirmé

Le sondage laisse apparaître deux clivages majeurs. Le premier est générationnel. La «génération Netflix», soit les 18-29 ans, soutient effectivement l’initiative à une majorité de 51%, contrairement à tous les autres groupes d’âge. Elle ne veut payer que pour ce qu’elle consomme: à cet égard, elle trouve que la perception d’une taxe radio-TV est tout simplement «anachronique».

Le deuxième clivage est de nature plus politique. Une fois de plus, on se dirige vers un épisode de la série «tous contre l’UDC», même si celle-ci ne prendra officiellement position que ce samedi à Confignon (GE). Ses électeurs sont les seuls à approuver l’initiative, cela à une forte majorité de 66%. Tous les autres partis la balaient, des Verts (88%) au PLR (66%). Cela dit, il faudra rester très attentif au comportement des votants qui ne se sentent pas liés à un parti, où le score est encore très serré: 51% à 47% pour le «non».

Contrairement à ce qu’on a pu croire au début de la campagne, cette initiative ne devrait pas déboucher sur un Röstigraben. Toutes les régions du pays la rejettent, mais avec des écarts sensiblement différents: 40 et 39 points respectivement au Tessin et en Suisse romande, contre seulement 17 points en Suisse alémanique. Voilà qui n’est guère étonnant. Ici, la RTS est mieux acceptée que SRF outre-Sarine, où elle est parfois assimilée à un «nid de gauchistes». Quant à la Suisse italienne, elle est la région qui profite le plus de la clé de répartition mise en place au sein de la SSR. Elle ne contribue qu’à raison de 4,5% des recettes de la redevance, mais en touche 22%.

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Perte d’indépendance pour la SSR

Il n’y aura pas non plus de fossé entre les hommes et les femmes, même si l’écart est beaucoup plus marqué chez ces dernières. Quant au degré de formation, il n’est pas non plus déterminant. Chez les cols blancs comme chez les bleus, le rejet de l’initiative atteint 62%.

Est-ce à dire que la votation est déjà jouée? Les détracteurs de «No Billag» auraient tort de croire la partie déjà gagnée. Un graphique doit les inquiéter. Il laisse apparaître que les partisans de l’initiative se recrutent d’abord parmi les gens qui ont perdu toute confiance dans les institutions. C’est dans ce réservoir de protestataires que les initiants disposent encore d’un potentiel de mobilisation, selon les sondeurs, «à condition qu’ils parviennent de nouveau à émotionnaliser le débat».

Car ces dernières semaines, ce sont les arguments de la raison qui ont clairement pris le dessus. Une forte majorité des sondés estime que la SSR perdrait en indépendance et en qualité en cas de oui à l’initiative. De plus, elle ne pourrait plus assurer la même offre diversifiée dans toutes les régions du pays.

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Le plan R, cet «immense chantier»

Surtout, le scénario du «plan B» semble avoir explosé en vol. Longtemps, les partisans de «No Billag» ont réussi à faire croire que leur initiative ne signifiait pas forcément la mort de la SSR, mais son redimensionnement. Ainsi, une majorité de gens se disaient persuadés que les responsables du service public avaient un «plan B» dans leurs tiroirs. Désormais, la tendance s’est inversée à ce sujet: 60% des sondés craignent la disparition non seulement de la SSR, mais aussi des 34 TV et radios privées régionales qui touchent une quote-part de la SSR.

Dans une lettre qu’il a adressée à ses collaborateurs à la mi-janvier, le directeur général de la SSR, Gilles Marchand, a évoqué un plan «R», comme «réforme». «Mais il faut un non clair le 4 mars prochain pour lancer cette réforme», écrit-il. Ses principaux axes? L’ancrage des programmes dans la réalité suisse, des structures plus «souples, légères et agiles», une information de qualité dans quatre langues et, enfin, l’adaptation des prestations aux nouveaux comportements du public. «Un immense chantier», résume-t-il.


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