Se présentera-t-il au second tour? Ou, au contraire, renoncera-t-il sous la pression? Jean-Claude Cornu tient la clé des élections au Conseil d'Etat fribourgeois entre ses mains. Détendu, souriant, le préfet de la Glâne le sait. Tout en ne sachant plus exactement s'il doit rire ou pleurer de son excellent score au premier tour.

Avec 22 551 suffrages qui lui assurent le sixième rang - sept fauteuils sont en jeu -, le radical réussit une performance remarquable, qui, en temps normal, devrait lui permettre de faire son entrée dans le collège gouvernemental. Mais voilà, les règles de la partie sont biaisées. A peine avaient-ils connaissance des résultats que ses alliés démocrates-chrétiens lui faisaient comprendre qu'il doit se retirer. Explications.

PDC et PLR (Parti libéral-radical), pour mémoire, font liste commune pour ces élections. Une alliance qui a plutôt bien fonctionné. Les six candidats de la droite bourgeoise occupent en effet six des sept premières positions du palmarès - seul l'indépendant Pascal Corminboeuf, très populaire, étant parvenu à s'intercaler.

L'écart sur le huitième, le socialiste Erwin Jutzet, est conséquent (près de 4000 voix). De manière générale, le PS est resté dans les starting-blocks, avec un tir d'ensemble assez médiocre dû autant à l'éparpillement des voix provoqué par sa liste à cinq noms, qu'à une campagne plutôt morne. L'UDC Pierre-André Page, quant à lui, n'est pas parvenu à convaincre, alors que le PCS Marius Achermann et les trois Verts jouent le rôle de faire-valoir qu'on leur prédisait au début de la campagne.

Un canton en forme

Fribourg est un canton qui se porte bien, et l'équipe sortante ne s'est pas fait prier de le répéter depuis deux mois. L'électeur a été sensible à ses arguments. Propulsés par un bilan globalement favorable, dopés par l'alliance avec le PLR, les démocrates-chrétiens Isabelle Chassot (40128 voix) et Beat Vonlanthen (35833) - ainsi que l'indépendant Pascal Corminboeuf (35290) - obtiennent un véritable plébiscite en se faisant réélire dès le 1er tour (taux de participation: 40,73%). Ce n'était pas joué d'avance, étant donné le nombre élevé de candidats (17). Leur collègue radical Claude Lässer (32760) manque quant à lui son élection pour 1500 voix, mais réalise néanmoins un score largement supérieur à celui qu'il avait obtenu en 2001. Son élection au second tour est acquise.

Il n'est pas certain toutefois que le peuple fribourgeois doive retourner devant les urnes. Prévue le 26 novembre, cette deuxième étape du scrutin pourrait se décider avant de façon tacite. Tout dépend de Jean-Claude Cornu, et plus globalement, de la tactique qu'adopteront les radicaux.

«L'alliance doit prendre la responsabilité de présenter trois candidats au second tour dans le but de décrocher trois sièges», analyse le préfet de la Glâne (par ailleurs brillamment réélu à cette fonction, pour laquelle il se représentait également).

En filigrane, il faut lire que le radical escompte de ses alliés PDC qu'ils le soutiennent jusqu'au bout, dans l'espoir que la droite s'empare d'un des deux sièges socialistes au gouvernement. Un appui qui serait logique selon le président du PLR Charly Haenni: «En l'état actuel, la situation me semble trop favorable pour que Jean-Claude Cornu renonce au deuxième tour. Excepté si nos résultats au Grand Conseil s'avèrent catastrophiques, il doit se présenter», lance-t-il, le verbe conquérant.

Le problème, c'est que cela équivaudrait à présenter une liste avec deux radicaux (Claude Lässer et Jean-Claude Cornu) et un seul PDC (Georges Godel). Or ce dernier encourrait alors un risque certain de se retrouver derrière le préfet de la Glâne. L'électorat PDC pourrait en effet bien se démobiliser, maintenant qu'Isabelle Chassot et Beat Vonlanthen sont élus. En outre, le profil de Georges Godel, notamment le fait qu'il soit agriculteur, comme Pascal Corminboeuf, pourrait, dans ce cas précis parler en sa défaveur. En vrai animal politique, Jean-Claude Cornu ne lui fera en tout cas pas de cadeau.

Le PDC ne s'y trompe du reste pas. Pour son président Emanuel Waeber, «l'objectif de départ de l'alliance était clair: obtenir trois sièges PDC et au moins un siège radical. Il est atteint. Pour nous, il n'est pas question d'attaquer le deuxième fauteuil socialiste». Et d'évoquer le fameux «esprit de Tavel», qui avait vu, en 1981, le PDC renoncer à sa majorité absolue au Conseil d'Etat en vertu du principe de représentativité des forces politiques.

Les pacsés du centre droit

Alors que l'on sent monter la tension entre les deux pacsés du centre droit, le PS, lui, est assez serein. Quoi qu'il arrive, il présentera Erwin Jutzet et Anne-Claude Demierre (ses deux candidats les mieux placés) au deuxième tour. «Nous bénéficierons automatiquement du report de voix des autres formations de la gauche. Cela devrait nous permettre de conserver nos deux fauteuils gouvernementaux», assure la présidente Solange Berset. Son fils, le conseiller aux Etats Alain Berset, corrobore: «Etant donné que notre parti ne bénéficiait pas de l'appui d'un sortant, notre résultat global est assez bon. Pour nous, ce genre d'élection, à la majoritaire, ne se joue pas au premier, mais au second tour.»

Dernière (légère) inconnue, la décision de l'UDC. Son «poulain» Pierre-André Page n'a pas vraiment répondu aux espoirs placés en lui. Dimanche soir, on le sentait peu motivé pour repartir au combat. En revanche, selon les premières projections, le parti agrarien va progresser au Grand Conseil. Cela pourrait redonner du tonus à Pierre-André Page. Se présentera-t-il finalement quand même au second tour? «Nous prendrons notre décision lundi», répond le président de l'UDC Jean-Luc Rimaz.