Dans le salon de l’EMS La Maison du Pèlerin, sur le flanc du mont éponyme, inondé de l’éclatante lumière hivernale, Albert Favre, le premier vacciné des Vaudois, a de la visite. Il se porte très bien, le vaccin qu’il a reçu le 28 décembre n’a provoqué chez lui aucun symptôme: «Je ne peux pas me plaindre, ça ne m’a rien fait», témoigne-t-il. Mais pour cet homme de 94 ans, comme pour les autres résidents vaccinés, la situation n’a pas encore changé. Il porte son masque, tient ses distances. Pourtant, il aperçoit la liberté au bout du tunnel. «Si je pouvais enlever le masque pour Pâques, ça irait bien», se réjouit-il. Il recevra son rappel mercredi prochain et, dix jours après cette seconde piqûre, son corps aura fabriqué suffisamment d’anticorps pour lutter contre le virus. L’un des deux objectifs du vaccin sera alors atteint: protéger l’individu face à la maladie.

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L’autre but de la vaccination – ne pas transmettre le virus à un tiers – est en cours d’évaluation et nécessite de se montrer prudent. «Nous sommes encore dans une période d’observation quant à savoir si l’on peut contaminer un tiers en étant porteur sain. Cet élément-là ne permet pas encore aux personnes vaccinées de vivre normalement», expose Jean-Luc Andrey, le directeur.


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Albert Favre et les autres résidents de La Maison du Pèlerin devront donc attendre que leurs proches soient également immunisés pour se permettre des sorties sans passer par la case isolement en revenant à l’institution. Si l’on avait imaginé que tout redeviendrait comme avant dès le sérum injecté, il faut aujourd'hui se rendre à l’évidence: cela va prendre un peu plus de temps. Et prendre en considération que des personnes vaccinées vont entrer en contact avec d’autres qui ne le sont pas encore et pour lesquelles les gestes barrières demeurent une nécessité. Certes, un groupe de personnes vaccinées, entre elles, devraient pouvoir laisser tomber, dès mi-février, les distances sociales, le masque, reprendre les activités communes au sein de l’établissement, et pourquoi pas chanter ensemble. Car une véritable immunité existera parmi les bénéficiaires: seuls trois résidents sur 82 ont refusé l’injection.

Un quart du personnel vacciné

Du côté du personnel, par contre, on a été plus méfiant. Un petit quart des collaborateurs seulement se sont fait administrer le vaccin lors du passage de l’équipe mobile à la fin de l’année. Certains ont eu le temps, depuis, de se faire un avis et se porteront volontaires la semaine prochaine. «J’explique ce faible taux par le fait que nous avons été pris de court: le 23 décembre, nous apprenions que cinq jours plus tard nous lancerions la campagne de vaccination du canton de Vaud. Les soignants sont par ailleurs une catégorie professionnelle qui se montre plus sceptique face à la vaccination en général. Nous sommes plus informés, plus attentifs au risque, et l’incertitude aura plutôt tendance à être ressentie comme un risque», développe Jean-Luc Andrey, qui, lui, s’est fait vacciner.

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L’homme porte la casquette de vice-président d’HévivA, l’Association vaudoise des institutions médico-psycho-sociales, et il commence à anticiper la vie post-vaccin de son établissement. «Tout sera lié à la capacité de savoir qui est vacciné et qui ne l’est pas. Il faudra que l’on puisse, d’une manière ou d’une autre, obtenir l’information de la part des proches et des intervenants extérieurs.» A terme, les collaborateurs qui choisiront de ne pas se faire injecter le sérum – «le vaccin n’est pas obligatoire, il est à la libre appréciation de la personne» – seront toujours contraints par les gestes barrières tant qu’une immunité de «troupeau» ne sera pas atteinte dans la population.

Cette situation favorisera-t-elle dans les établissements l’embauche de personnel vacciné, et donc plus simple à gérer? «Non, dans notre secteur, il y a de toute façon plus d’offre que de demande sur le marché, il nous serait difficile de ne sélectionner que des personnes vaccinées. Ce sera à nous de convaincre notre personnel», poursuit le directeur, qui espère voir les choses revenir à la – presque – normalité l’été prochain.