Traces de dinosaures

Premier pas vers un musée paléontologique dans le Jura

Le Jura prévoit enfin de prendre soin des traces de dinosaures vieilles de 152 millions d'années découvertes sur le tracé de l'autoroute. Un centre de gestion des collections à 7,5 millions sera construit à Porrentruy

Imaginé après les premières découvertes de traces de dinosaures vieilles de 152 millions d’années, en 2002, sur le tracé de l’autoroute Transjurane, le musée paléontologique jurassien prend enfin forme. Victime de tergiversations politiques et de bugs de gouvernance, ballotté entre folie des grandeurs, accaparement scientifique et sentiment de dilapider l’argent public, le projet Jurassica a longtemps paru embourbé. Puis mis en concurrence avec d’autres investissements jugés plus importants dans le Jura, pour un Théâtre à Delémont, pour une nouvelle patinoire à Porrentruy.

Le nouveau ministre de la Culture, Martial Courtet, sans manifester d’enthousiasme débordant, tente de sortir Jurassica de l’ornière. C’est la bonne nouvelle. Elle est contre-balancée par la vision au rabais des moyens à libérer pour réaliser un musée digne de ce nom, censé être une attraction scientifique et touristique, et un centre de dépôt des collections comprenant un million de pièces paléontologiques, archéologiques et biologiques, actuellement stockées dans des conditions parfois précaires dans une dizaine de sites, par exemple dans les caves du château de Porrentruy.

Premier devis à 30 millions

Une estimation datant de 2013 évoquait un besoin d’investissement de 30 millions pour construire le musée et le centre de gestion des collections. A financier par l’argent public cantonal et des partenaires privés. Cette stratégie a fait long feu. D’aucuns ont même estimé que le jeu n’en valait pas la chandelle, que le Jura n’avait pas les moyens, actuellement, pour investir dans un programme muséal aux retombées incertaines.

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Aujourd’hui, le Jura a trouvé «la solution», selon la formule de la cheffe de l’office de la culture, Christine Salvadé. Il a validé l’importance scientifique de ses découvertes en signant un partenariat avec l’Université de Fribourg, créant une antenne du département de géosciences à Porrentruy, avec la bénédiction et, surtout, les fonds du Secrétariat fédéral à la formation, à la recherche et à l’innovation.

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Fouilles pour 200 millions

Le Jura ne pouvait pas renoncer non plus parce qu’en 2018, deux ans après l’ouverture de l’entier de l’autoroute sur son territoire (le dernier tronçon entre Delémont et la frontière bernoise sera mis en service en décembre prochain), la Confédération lui remettra formellement la gestion et la conservation du matériel paléontologique et archéologique découvert durant deux décennies de fouilles, qu’elle a financées à hauteur de 200 millions.

Voilà pourquoi, dans un premier temps, le gouvernement jurassien s’en tient au strict minimum et à la réalisation d’un centre de gestion des collections, à construire à côté de l’actuel museum cantonal des sciences naturelles de Porrentruy, installé dans la très belle villa Beucler. Une étude avait conclu qu’il fallait investir 13 millions pour un tel centre de stockage. Estimant que le Jura devait être «raisonnable», le gouvernement affirme qu’une enveloppe de 7,5 millions est suffisante et que certains lieux de stockage actuels peuvent être conservés.

Autre option retenue par l’exécutif, «après une pesée d’intérêts», explique Martial Courtet, l’investissement n’interviendra qu’en 2020-2021, parce qu’il faut d’abord dessiner le projet architectural, mais aussi parce que d’ici là, le Jura aura construit son Théâtre et sa patinoire.

Ce n’est qu’au-delà de 2022 qu’on envisagera de réaliser un nouveau musée, plus sûrement une extension de l’actuel museum.

Musée multisite original

La formule au rabais a pourtant un double intérêt. Elle semble acceptable par une majorité politique, le parlement doit la valider, tout comme il doit avaliser une subvention cantonale annuelle de 2,1 millions, en réalité 1,6 million à charge du canton, grâce aux autres contributeurs que sont la Confédération et la ville de Porrentruy.

Le programme s’accompagne d’une clarification des rôles entre le canton qui finance et la fondation Jules Thurmann qui gère Jurassica. Il donne les coudées presque franches, certes dans un cadre financier restreint, aux professionnels d’un musée qui se présente déjà comme «unique en Suisse", selon son conservateur Damien Becker. Le concept est multisite et comprend, en plus de l’espace d’exposition, un jardin botanique, des satellites dans le terrain qui permettent fouiller et de voir les traces de dinosaures, un laboratoire universitaire, une bibliothèque scientifique et un espace de stockage des collections que le conservateur entend rendre vivant et, surtout, accessible aux chercheurs. Ferait-il contre mauvaise fortune bon coeur?

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