Après le Mont-Blanc, la Jungfrau. Les guides de montagne recommandent d’éviter l’ascension par la voie normale de cet autre mythique sommet, qui culmine à 4158 mètres dans l’Oberland bernois. En cause, les températures qui restent élevées depuis trop longtemps et augmentent le risque de chutes de pierre.

A plusieurs reprises, des alpinistes ont dû faire demi-tour face au danger, indique la SonntagsZeitung. «C’est donc le cœur lourd et pour la première fois en plus de cent ans d’histoire que les guides de montagne de Grindelwald renoncent à la randonnée classique de la Jungfrau», précise le journal alémanique.

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Mais il n’y a pas que les célèbres sommets qui sont concernés. La situation est inédite dans l’ensemble des Alpes, précise l’article. Ainsi en Valais, les guides de Zermatt déconseillent l’ascension du Pollux. La menace demeure élevée aussi sur la voie vers le Weissmies, en partant du Hohsaas.

Le Cervin aussi

Côté italien, les guides du val d’Aoste recommandent d’éviter l’ascension du Cervin depuis Cervinia. Dimanche en fin d’après-midi, les guides de Zermatt ont annoncé à leur tour qu’ils renonçaient provisoirement à l’ascension du Cervin par la voie classique depuis Zermatt – arrête du Hörnli (Hörnligrat). Ils invoquent l’inertie de la chaleur accumulée durant les dernières semaines… Leur mesure court en principe jusqu’à vendredi prochain.

«Ce sont des phénomènes connus, ces itinéraires sont régulièrement exposés aux chutes de pierres et le seront toujours plus à certaines périodes, avec le réchauffement climatique», réagit le secrétaire général de l’Association suisse des guides de montagne, Pierre Mathey, contacté ce dimanche.

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Le danger intervient lorsque les températures approchent, voire dépassent le point de gel pendant plusieurs jours consécutifs. «En plaine, on parle de canicule. Au-dessus de 4000 mètres, c’est l’absence de regel qui pose problème. La roche emmagasine la chaleur. Des morceaux se détachent», poursuit Pierre Mathey. Le Mont-Blanc est souvent parmi les premiers cités. «Or là, cela arrive de manière un peu plus rapide que prévu et plus tôt dans la saison: souvent, on évite le Mont-Blanc au mois d’août», ajoute le Valaisan.

Se renseigner. Et partir tôt

La règle à suivre, pour qui veut se frotter aux sommets: s’informer jusqu’au dernier moment. Les guides de montagne émettent leurs recommandations en concertation avec les communes. Les décisions de partir se prennent en principe à très court terme, parfois le matin même. «Il ne s’agit pas de fermetures d’itinéraires, mais de préavis négatifs temporaires, susceptibles de changer. D’où la nécessité de se renseigner localement», relève encore Pierre Mathey, qui recommande aussi de «privilégier les courses dans des zones de rochers qui ne sont pas exposées à des zones de neige ou à un glacier dans la partie supérieure». Mais aussi «partir tôt, si possible quand il fait encore nuit, pour pouvoir quitter les zones exposées tôt, aux alentours de 11 heures.»

«La règle en montagne, c’est de rester humble. S’adapter, peut-être un peu plus encore que d’habitude. Et changer de course s’il le faut, peu importe l’attrait exercé par ces voies. Ces sommets étaient là avant nous. Ils resteront là après nous.» Malgré les risques d’éboulement, «cet été reste exceptionnel pour les guides qui font une très belle saison».

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