«Je veux pacifier le département et l'école, et inscrire ce qui s'y fait dans une perspective romande et suisse.» Quatre mois après son arrivée à la tête du Département vaudois de la formation et de la jeunesse (DFJ), Anne-Catherine Lyon a saisi mercredi l'occasion de la traditionnelle conférence de presse de rentrée pour préciser la politique qu'elle entend mener.

Pour la socialiste, il s'agit d'«aller jusqu'au bout de la réforme EVM, mais sans tabou, et dans un esprit qui soit à la fois critique et constructif, ainsi que transparent». Un pragmatisme qui lui semble d'autant plus nécessaire que l'école est un des domaines d'activité de l'Etat les plus émotionnels qui soit. Sous la houlette de Francine Jeanprêtre il a d'ailleurs été l'enjeu de fortes tensions politiques.

Une telle ligne de conduite suppose peu d'effets de manche, et la conseillère d'Etat elle-même s'est félicitée de n'avoir rien de spectaculaire à annoncer alors que 78 655 élèves de la scolarité obligatoire vont entrer en classe lundi. Sur le front des effectifs, le secondaire enregistre une hausse de 874 élèves (0,2%) alors que le primaire perd 685 élèves (0,3%).

Cette évolution, qui reflète le passage d'une vague démographique, s'est néanmoins traduite par l'ouverture d'une classe primaire et de 67 nouvelles classes secondaires.

Directeur général de l'enseignement obligatoire, Daniel Christen l'explique par l'«enveloppe pédagogique» qui attribue désormais leurs moyens aux établissements en fonction du nombre d'élèves, tout en leur laissant une certaine autonomie de répartition. Directeurs et conférences des maîtres ont visiblement tenu à éviter les effectifs trop nombreux. Le système semble par ailleurs mettre un terme définitif au «psychodrame de rentrée» qui faisait des enclassements une issue politique majeure durant la législature précédente.

Le souci d'une meilleure coordination intercantonale se reflète dans plusieurs changements. Alors que l'apprentissage du français est plus que jamais au cœur des préoccupations, le DFJ a renoncé à rééditer ses propres moyens d'enseignement. Antérieurs aux outils développés dans d'autres cantons, très axés sur l'expression orale et manquant de textes de référence, ils n'étaient plus guère appréciés des enseignants. Vaud en tire les conséquences, en privilégiant le travail de développement de nouveaux moyens romands, actuellement en cours.

Sur le front des langues, le canton cessera par ailleurs de se distinguer en offrant aux élèves passant le certificat de fin de 9e année le choix entre un examen d'allemand ou d'anglais. Cela avait été le cas l'an dernier dans dix collèges «explorateurs», avec un plébiscite en faveur de l'anglais (75%) mais surtout un large mécontentement parmi les parents et les enseignants.

Deux controverses ne sont pas résolues, mais Anne-Catherine Lyon promet des décisions «à temps pour la rentrée 2003». Il s'agit de la fréquence annuelle des évaluations détaillées des élèves et de la décision finale d'orientation. Les enseignants se sont mobilisés pour diminuer (de trois à deux) le nombre des évaluations, ce que combattent les parents d'élèves.

Pour les orientations, la concertation enseignants-parents fonctionne bien dans 80% des cas, mais la question d'un ralliement à l'avis des parents pour les situations problématiques se pose. «Il aurait été irresponsable de trancher à la hâte ces deux débats» juge la conseillère d'Etat.

En ce qui concerne l'évaluation des élèves, la cheffe du DFJ s'est prononcée pour le développement des épreuves cantonales de références: «Positionner les élèves les uns par rapport aux autres est important pour les élèves comme pour les parents.»

Reste le problème des notes, actuellement remplacées par des appréciations jusqu'en 6e année. Anne-Catherine Lyon n'a pas encore fait connaître sa réponse à l'initiative libérale qui réclame le retour des notes la 3e année. Elle réserve sa position pour le Conseil d'Etat qui doit se prononcer à l'intention du Grand Conseil d'ici à trois semaines. La cheffe du DFJ rappelle quand même son credo de départ: «Mettre entièrement en œuvre EVM.»