Le 20 octobre, la «vague verte» déferlait sur la Suisse: le parti écologiste décrochait 17 sièges supplémentaires au Conseil national pour culminer à 28 députés à la Chambre basse – juste un de moins que le PLR. Au Conseil des Etats, l’évolution était moins spectaculaire, bien que significative: les Verts quintuplaient leur effectif, passant d’un à cinq sénateurs.

Hyper médiatisée, cette poussée politique a suscité de grandes attentes. Une partie de la population s’est réjouie de la «prise de conscience» du législatif suisse: un coup d’accélérateur environnemental était peut-être en vue. La première session de la législature offre cependant un tableau plus âpre: même renforcés, les rangs des politiciens écologistes demeurent trop épars pour faire la différence. La vague verte a-t-elle déjà fait long feu?

La défaite comme compagnon

«Pour le moment, nous avons juste tout perdu», constatait Valentine Python (Verts/VD) en début de session. Son analyse tient toujours aujourd’hui. La réunion parlementaire inaugurale de la législature a presque entièrement dédaigné la parole verte. Dès la première journée, le Conseil des Etats donnait le ton en adoptant un projet lancé par l’UDC affaiblissant considérablement la protection des eaux aux alentours des barrages. Trois jours plus tard, le bloc bourgeois repoussait à plus tard le traitement d’une motion, pourtant soutenue par le Conseil fédéral, visant à agir contre la disparition des insectes.

Les ennuis ne faisaient que commencer: la semaine suivante, l’acquisition d’avions de combat, contre laquelle les Verts ont déjà prévu de lancer un référendum, triomphait; puis Regula Rytz était sèchement écartée de la course au Conseil fédéral – et se rendait compte qu’elle ne pourrait compter sur les voix des Vert’libéraux que de manière limitée. Enfin, cette dernière semaine, les conditions d’admission au service civil ont été durcies et un contre-projet contraignant à l’initiative pour des multinationales responsables réduit comme peau de chagrin. Le premier rendez-vous de la législature est derrière et le constat est sévère: les résultats des Verts sont maigres.

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«Ça va être difficile»

«En cumulant les votes des Verts, des socialistes et des Vert’libéraux, nous sommes 85 sur 200 au Conseil national, explique Fabien Fivaz (Verts/NE). Pour l’emporter, nous devons donc obligatoirement chercher des voix vers le centre. C’est un travail difficile. D’autant plus que le PDC s’est renforcé sur la droite et que l’on sent bien que, si les projets sont un peu trop «verts», ça ne passe pas.» Le score décevant obtenu par Regula Rytz dans sa course au Conseil fédéral montre en outre que les Verts de gauche ne peuvent que fragilement compter sur les Verts de droite (libéraux). Sans compter qu’une percée n’a que peu de chances de venir du Conseil des Etats, où la majorité bourgeoise est toujours très solide. Dès lors, peut-on encore attendre des résultats écologiques significatifs?

«Après une session, je peux dire que ça va être très difficile, concède Fabien Fivaz. Il va falloir beaucoup édulcorer les réformes pour qu’elles soient acceptées et ça va être compliqué d’aller vite. Ce que l’urgence climatique nécessite pourtant.» Introspectif, le Neuchâtelois avoue un certain pessimisme, partagé par plusieurs de ses nouveaux collègues: la vague verte est à choix «devenue une vaguelette», selon Christophe Clivaz (Verts/VS), ou «s’est écrasée sur le roc de droite», d’après Valentine Python (Verts/VD). Avec les déceptions que cela devrait causer au sein de la population: «Les électeurs ont beaucoup d’espoir, reconnaît le Valaisan. Ce sera un vrai enjeu d’expliquer ce qu’il est tout de même possible de faire ici.» D’ailleurs, que sera-t-il possible de faire exactement?

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S’opposer ou coopérer?

Les avis divergent. «C’est dans l’opposition que nous pourrons faire avancer les choses, considère Fabien Fivaz. En étant agressifs dans nos propositions, en demandant beaucoup pour obtenir peu. En faisant évoluer les mentalités au sein du parlement.» Au vu des majorités, c’est toutefois depuis l’extérieur de la Coupole que le politicien espère également obtenir du changement: «Par l’intermédiaire du vote populaire sur l’initiative des glaciers par exemple, qui demande la neutralité climatique en Suisse à partir de 2050. C’est tardif, mais c’est un début.»

Après huit ans sur les bancs du Conseil national, Regula Rytz (Verts/BE) est moins sombre. Davantage habituée aux revers, elle estime qu’un changement a bel et bien eu lieu en octobre: «De nouvelles opportunités existent, notamment dans le domaine des pesticides. Le PLR se montre de plus en plus ouvert sur la question. Des progrès sont donc envisageables en matière de politique agricole.» Le dossier le plus important sera cependant celui d’une taxe sur le CO2, affirme la politicienne. Et là aussi, le camp bourgeois est attendu au tournant: «Le PLR doit encore prouver qu’il a changé d’attitude, comme il l’a promis durant la campagne, souligne Balthasar Glättli (Verts/ZH). Dubitatif, le Zurichois souligne qu’il est «quand même permis d’espérer».

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L’économie comme terrain d’entente

L’espoir viendra d’ailleurs peut-être de l’intérieur du pré carré libéral-radical: la finance. Ce jeudi, les Verts déposaient trois postulats et une motion sur le sujet. Pour davantage de transparence dans les produits financiers, des règles contraignantes afin que les assurances obligatoires respectent le traité de Paris sur le climat ou encore l’instauration d’une taxe sur les investissements nuisibles au climat.

Derrière l’une de ces propositions, Gerhard Andrey (Verts/FR) veut croire qu’il a trouvé un levier: «Pour la Suisse, en termes d’impact climatique, la place financière est absolument centrale, souligne le nouvel élu. Or, un marché qui se base sur des produits non durables ne survivra pas. Les intérêts sont donc des deux côtés. J’ai déjà pu convaincre des PLR comme des PDC. Cela m’a rendu optimiste.» Battus par les flots mais pas encore coulés, les Verts continueront sans relâche de chercher l’interstice.

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