C’est la question que tout le monde se pose dans le monde de la santé. La première année de la crise du coronavirus a-t-elle entraîné une hausse ou une baisse des coûts? Ce mercredi, CSS, la plus grande caisse maladie du pays avec ses 1,3 million d’assurés, a apporté un premier élément de réponse: durant la première vague, ses coûts ont reculé de 246 millions (soit 22%) par rapport à ceux inscrits dans son budget. Mais ces chiffres doivent être analysés avec prudence, car ils ne concernent que les neuf semaines du semi-confinement de mars à mai 2020.

La CSS a averti d’emblée qu’elle ne dispose pas encore d’une vue d’ensemble sur toute l’année: aujourd’hui, elle ne connaît l’évolution de ses dépenses que jusqu’à fin septembre dernier. «A cette époque, ses coûts étaient nettement inférieurs aux prévisions, mais c’est le quatrième trimestre qui sera déterminant. Et il faut s’attendre à une hausse en fin d’année 2020», a noté Christian Schmid, chef de l’Institut de recherche en économie de la santé de CSS. Il est donc prématuré de tirer des conclusions définitives.

Pas d’effet de rattrapage en été

Pour rappel: le 16 mars dernier, le Conseil fédéral a décrété l’état de «situation extraordinaire» face à la pandémie de coronavirus et ordonné à tous les prestataires de soins – des médecins aux hôpitaux – de renoncer à tous les traitements et opérations non urgents. Il n’est donc pas étonnant qu’il en résulte une chute du chiffre d’affaires malgré les cas covid. Durant les neuf semaines analysées, CSS a enregistré une baisse de 27% des hospitalisations. Cela malgré les cas covid, dont les dépenses se sont montées à 8000 francs en moyenne, une somme bien supérieure aux coûts moyens se chiffrant à 4900 francs. Attention: ces coûts ne comprennent pas les frais pris en charge – à raison de 55% – par les cantons dans le domaine stationnaire.

La baisse a touché tous les prestataires de soins, et cela de manière presque identique dans les trois régions linguistiques du pays: les généralistes à raison de 19%, les spécialistes (28%) et surtout les physiothérapeutes et les chiropraticiens (47%).

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L’étude de la CSS comprend tout de même une grosse surprise: il n’y a pas eu d’effets de rattrapage cet été, ni dans le secteur ambulatoire, ni dans celui du stationnaire, cela alors que plusieurs acteurs de la santé, à commencer par les faîtières des caisses Santésuisse et Curafutura, n’ont cessé de l’affirmer! Christian Schmid avoue en être le premier étonné: le recul des frais s’expliquerait ainsi principalement par les mesures du Conseil fédéral. Les données ne révèlent pas de changement de comportement des assurés dans leur attente des traitements.

Pour Felix Schneuwly, responsable des affaires publiques chez Comparis.ch, la nouvelle n’est peut-être pas si étonnante. «On suppose généralement que 20% des actes dans l’assurance de base sont superflus. Il n’est pas exclu que cette absence d’effet de rattrapage révèle en partie ce phénomène. Mais il est trop tôt pour l’affirmer.»

Des primes en légère baisse

CSS relève encore un grand paradoxe en matière de prévention. Alors que les Suissesses et les Suisses ont fait des efforts sans précédent pour se protéger du coronavirus en portant des masques et en respectant une distanciation physique, ils ont en revanche négligé les examens de dépistage du cancer du côlon et du cancer du sein, qui ont reculé de respectivement 14 et 17% les neuf premiers mois de l’année. Quelles conséquences négatives cela aura-t-il à moyen terme? C’est l’une des nombreuses questions qui restent ouvertes, comme celle des atteintes à la santé psychique de la population, très difficile à chiffrer.

Pour connaître l’évolution des coûts sur l’ensemble de l’année, il faudra encore attendre six mois. La plus grande caisse de Suisse s’attend à ce que les coûts de ses prestations se situent «à peu près au même niveau qu’en 2019». Ce mercredi, elle a rassuré ses affiliés: «Nous avons tenu compte de ces chiffres dans la fixation des primes maladie pour 2021, qui ont légèrement baissé par rapport à l’année précédente», déclare-t-on chez CSS.