François Drouin, président d’Au­toroutes et tunnel du Mont-Blanc (ATMB), concessionnaire de l’A40, a annoncé le 16 janvier la construction d’un diffuseur autoroutier à Viry (Haute-Savoie), placé au niveau de la Départementale 118. Coût: 12 millions d’eu­ros. En 2022, il devrait permettre d’entrer et de sortir de l’autoroute A40 et pourrait désengorger les routes secondaires menant notamment à Saint-Julien-en-Genevois et à Soral, en Suisse. «L’idée est de favoriser la convergence du trafic sur la douane de Bardonnex afin de soulager les petites routes envahies par les pendulaires», explique Christian Monteil, président du Conseil général de Haute-Savoie, qui va cofinancer l’ouvrage à hauteur de 44% (50% pour ATMB et 6% pour la Communauté de communes du Genevois).

«Aspirateur à voitures»

Mais des voix s’élèvent déjà pour fustiger un projet qui pourrait envoyer encore plus de véhicules sur les routes. «L’autoroute est un aspirateur à bagnoles alors que la région a besoin avant tout de développer ses transports en commun», argue Claude Barbier, conseiller municipal de Viry. Il poursuit: «Un tram va desservir dans quelques années la gare de Saint-Julien, d’ici à 2022 le CEVA sera achevé, pourquoi alors tenter le travailleur frontalier en ouvrant cette percée vers l’autoroute?»

Lisa Mazzone, présidente des Verts genevois, prend l’exemple du tronçon autoroutier Annecy-Genève ouvert en 2008 qui, loin de faire sauter le bouchon de Cruseilles, aurait contribué, selon elle, à attirer davantage de véhicules vers Genève et sa périphérie via notamment les axes secondaires. «En cette année de conférence sur le climat à Paris, c’est aller contre le bons sens que d’inciter à prendre la voiture. La vallée de l’Arve toute proche connaît des pics record de pollution, la région genevoise n’est pas non plus épargnée», rappelle Lisa Mazzone.

Financements non bouclés

Autre grief: l’argent mis par le département aurait pu participer à la construction de parkings P+R sur le sol français et aux financements non bouclés du prolongement des lignes de tram vers Saint-Julien et Annemasse. «Le Conseil général de Haute-Savoie met davantage d’argent dans le rail que dans le routier. Nous avons versé 65 millions d’euros pour le CEVA», se défend Christian Monteil.

Pierre-Jean Crastes, président de la Communauté de communes du Genevois, assure de son côté que Luc Barthassat, le conseiller d’Etat chargé des Transports, lui a fait part de la volonté du canton d’améliorer de 20% la capacité d’accueil de la douane de Bardonnex pour absorber le flux supplémentaire de voitures. Actionnaire à 6% d’ATMB, l’Etat de Genève a fait savoir par l’intermédiaire du département de Luc Barthassat qu’il ne ferait aucun commentaire au sujet du diffuseur.

Douane plus fluide

L’ancien président du Conseil d’Etat Claude Haegi, qui siège au conseil d’administration d’ATMB, confirme cependant que la douane de Bardonnex sera rendue plus fluide «en cohérence avec l’élargissement de l’autoroute de contournement approuvé par la Confédération». En ce qui concerne les réserves émises par les écologistes, Claude Haegi assure que leurs craintes seront prises en considération «puisque le covoiturage y sera développé». Par ailleurs, un écopont financé par ATMB et le canton de Genève (3 millions d’euros en tout) est prévu pour que la faune puisse se déplacer.

Le diffuseur soulève enfin la question de la poursuite de la gratuité du tronçon autoroutier sur l’A40 entre le péage de Viry et celui de Nangy et Annemasse. «Ce sera rediscuté en décembre 2015 avec l’Etat français, il y a un débat autour de la reconduction ou non de cette gratuité», relève Christian Monteil. Le nouveau diffuseur sera, quant à lui, payant, a indiqué ATMB.