« Eh! non, les petits bateaux qui vont sur l’eau n’ont pas de jambes! Ils ont parfois des moteurs, mais c’est sale et bruyant. Et il semblerait même qu’aujourd’hui, quand on a besoin d’air, on ne mette plus les voiles. Une poignée d’intrépides navigateurs a choisi de hisser ni foc ni spi, mais des panneaux solaires photovoltaïques à bord de leurs vaisseaux. Le Léman en fera danser quelques-uns, les 24 et 25 septembre prochains, au cours de la première course d’endurance pour bateaux solaires en Suisse romande. […]

«Nous attendons entre 15 et 20 bateaux de tout type», raconte Eveline Borner pour le Concept moderne, cette jeune entreprise genevoise spécialisée en télématique et en systèmes experts, qui organise le raid. Son directeur, Xavier Comtesse [aujourd’hui directeur romand d’ Avenir Suisse], est intéressé à promouvoir des technologies nouvelles. «Une telle course permet d’attirer l’attention du public sur l’énergie solaire, de faire des essais et de mettre au point des prototypes», poursuit la collaboratrice de Concept moderne. L’épreuve se déroulera en deux étapes: les bateaux partiront le samedi, à 13 heures, du quai marchand des Eaux-Vives pour voguer vers Nyon, qu’ils aborderont environ 2 à 3 heures plus tard. Le lendemain, ils quitteront Nyon pour Ouchy à 9 heures, et atteindront l’arrivée dans les 4 heures qui suivront.

«Les bateaux fonctionnant à l’énergie solaire ne vont pas vite: ils font à peu près 8 km/h de moyenne», commente Jean-Pierre Hurni, physicien, qui participera à la course sur le bateau qu’il a entièrement construit, en trois semaines, avec deux amis, François Calame, constructeur naval, et Pierre-Jean Beljean, spécialisé en technique électrosolaire. «On peut équiper n’importe quel type de bateau: du grand canoë à la barque de pêche, en passant par le zodiac ou le catamaran», ajoute Jean-Pierre Hurni. «Il suffit d’acheter des batteries, un moteur électrique et des panneaux solaires: tout se trouve aisément dans le commerce, contrairement à l’équipement des voitures solaires, qui est infiniment plus complexe.»

Le fonctionnement est simple: les batteries sont chargées par l’énergie du rayonnement solaire, captée par les panneaux et stockée, puis elles alimentent le moteur. «Les concurrents prendront le départ leurs batteries pleines; à chacun ensuite de négocier sa vitesse en fonction du soleil qui brillera sur la course», précise le physicien. Qui veut aller loin, ménage sa monture…

La navigation solaire a ses adeptes. «Elle offre une tranquillité absolue et, par sa faible vitesse, permet l’observation, la randonnée, le bronzing. Mais elle n’a vraiment rien de sportif. Je dirais que le bateau solaire est idéal pour les personnes d’un certain âge.» Et puis il y a les pêcheurs, qui sont encore réticents: à quand la perche radicalement écologique? »