Ils s’engagent toutes et tous plusieurs mois à l’avance pour un événement public estival. Avant le jour J, ils nous disent cette semaine comment ils vivent cette intense période organisationnelle.

C’est un peu par un concours de circonstances qu’Emmanuel Schmied est devenu le responsable romand des KidsGames. Tout commence il y a une dizaine d’années, lorsqu’il inscrit ses enfants pour participer à cette semaine de camp axée sur la spiritualité et le sport. Si dans un premier temps ce père de deux filles et un garçon imagine que sa progéniture va se retrouver uniquement dans un microcosme de gens liés à l’Eglise, c’est tout le contraire qu’il va découvrir.

Bien que leurs racines soient proches des milieux œcuméniques, les KidsGames se sont rapidement transformés en une fête populaire regroupant tous les deux ans des jeunes de toutes confessions. «Quand je me suis rendu compte qu’il y avait plein de différentes familles d’Epalinges (VD), pas forcément engagées dans la foi chrétienne, j’ai réalisé à quel point cette initiative était rassembleuse», commente Emmanuel Schmied, qui rejoint rapidement le comité de l’organisation lausannoise après avoir constaté ce succès.

Reconversion sur le tard

Quelques années plus tard, le bénévole troque son tablier de menuisier-ébéniste pour revêtir la dalmatique du diacre. Passionné par les questions de transmission de la foi, le Palinzard ose le grand saut pour passer de l’autre côté des bancs et servir l’Eglise réformée du canton de Vaud (EERV). La formation théologique passée avec succès, Emmanuel Schmied endosse officiellement ses nouvelles fonctions en 2013. Un aboutissement pour celui qui a toujours «baigné» dans l’Eglise protestante, depuis sa naissance. «Etre diacre, cela signifie servir son prochain. D’où ma grande fierté d’exercer cette activité. Ce n’est pas pour autant que j’ai tiré un trait sur mon passé. Je dis toujours que je suis un diacre artisan. La foi, c’est quelque chose à construire tout au long de sa vie», sourit-il en regardant ses mains.

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A travers son métier, il coordonne les KidsGames depuis un an et demi sur l’ensemble de la Suisse romande. Dix-huit ans après ses débuts en Suisse, la manifestation, qui se tiendra du 7 au 12 août prochains, connaît toujours un franc succès. «Nous attendons 2500 jeunes sur les 18 sites, répartis entre les cantons de Vaud, Valais, Neuchâtel, Fribourg et Jura.» Un groupe qui sera encadré par 800 bénévoles et 450 moniteurs, responsables des équipes.

A Epalinges, là où il officie, Emmanuel Schmied pourra profiter des installations sportives du stade de la Croix-Blanche. L’endroit est idéal pour que les jeunes de 7 à 14 ans puissent profiter des activités programmées. «Nous nous basons sur l’esprit olympique. Un hymne est créé chaque année pour que les enfants ressentent les valeurs du partage et de la compétition.» Cette année, les sports mis à l’honneur sont le «Poull ball» – qui voit s’affronter deux équipes devant faire tomber des cibles –, la «Cours’agile» et le «Passemoil’ô». «Lors de chaque édition, nous inventons un «passe-moi quelque chose». Cette année, les enfants devront trouver la bonne entente au sein de l’équipe pour traverser le parcours et amener de l’eau jusqu’à un récipient.»

Communion entre sport et religion

Une autre innovation sera proposée en début de semaine: «Notre défi était de réunir les 18 régions participantes lors de la cérémonie d’ouverture, en évitant les transports et les potentiels risques sanitaires. Alors nous avons imaginé partager nos émotions par écrans interposés pour garder ce côté convivial.» A cette occasion, les participants pourront entendre les témoignages de Zoé Claessens, championne d’Europe de BMX, et de la chanteuse Alexia Rabé, qui a participé à la troisième saison de The Voice.

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Derrière cette dynamique sportive, les KidsGames restent avant tout un événement religieux. Fondés en 1985 dans les quartiers défavorisés d’Espagne, ils se veulent avant tout hospitaliers et à la portée de toutes les bourses (70 fr. la semaine). «L’idée, c’est d’offrir une semaine d’accueil et que tout le monde puisse en profiter. Il y a un temps de découverte biblique, mais nous ne sommes pas du tout dans une logique de prosélytisme», assure Emmanuel Schmied, qui ne veut pas profiter de ces camps pour convertir de nouveaux croyants.

«Notre but est de pouvoir faire découvrir les richesses de la foi chrétienne à des jeunes qui ne connaissent pas forcément la religion. Les enfants entre 7 et 12 ans ont souvent une bonne ouverture à la spiritualité. Mais l’idée des KidsGames n’est pas de faire du recrutement. Après, nous sommes toujours disponibles pour accompagner les participants qui se posent des questions sur les thématiques abordées.»

Quatre ans sans édition

Le succès populaire de cette grande fête du sport redonne aussi un peu d’espoir aux religions du christianisme – unies pour l’organisation – qui voient les églises se vider petit à petit. Les jeunes sont d’ailleurs les premiers à ne plus se présenter lors des soirées de catéchisme ou de culte de l’enfance. «A Lausanne encore plus qu’en campagne, nous avons une grande baisse de participation de la jeunesse», regrette le diacre de 47 ans, qui essaie d’en comprendre les causes.

«Premièrement, les offres de loisir n’ont cessé d’exploser, avance-t-il. La place de la foi n’est plus une priorité pour les parents. Je pense aussi que l’Eglise porte le poids de son histoire et que certaines personnes se sont tournées vers les nouvelles spiritualités, qui mettent en avant le développement personnel. Une chose est sûre: cela doit nous interpeller pour que nous rendions accessibles les richesses de la foi chrétienne. Nous devons donc adapter notre façon de transmettre le message.»

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Après deux ans de disette pour cause de pandémie, les KidsGames auront comme défi de retrouver leur place au sein de l’offre garnie des camps d’été. Pour l’heure, environ 1400 enfants ont réservé leur place, mais les organisateurs comptent bien parvenir à leur objectif initial de 2500 participants.


Profil

1975 Naissance à Lausanne.

1994 CFC de menuisier et ébéniste.

1998 Départ avec sa femme pour quatre ans au Mexique.

2000 Naissance de sa fille aînée, Léa. Suivront Liliana et Lionel.

2013 Il est nommé diacre de l’Eglise réformée du canton de Vaud.

2016 Première cérémonie d’ouverture des KidsGames romands.


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