Ce ne sont pas moins de 1000 participants qui se presseront à Lugano lundi et mardi à la conférence sur l’Ukraine: représentants des gouvernements, des organisations internationales, de la société civile, de l’économie privée et du monde universitaire, ils plancheront sur la reconstruction du pays envahi par la Russie, dont les régions de l’Est continuent d’être le lieu de terribles combats armés. Pour l’instant, 52 délégations officielles sont inscrites, fruit de 38 Etats et de 14 organisations internationales. Elles se voient complétées par quelque 590 participants individuels, issus avant tout du secteur privé et de la société civile.

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Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) annonce la liste officielle des noms pour cet après-midi. Ce matin, il a communiqué à la presse les grandes lignes du panel d’invités que le président de la Confédération Ignazio Cassis accueillera. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen tiendra le haut du pavé. Les sept autres pays dépêchant leurs chefs de gouvernement n’appartiennent en effet pas au cercle des grandes puissances. Il s’agit entre autres de la République tchèque, de la Pologne, de la Slovaquie et de la Lituanie. Pour l’Ukraine, le premier ministre Denys Chmyhal emmènera la délégation. Il sera accompagné de plusieurs parlementaires et de nombreux autres acteurs. Le président Volodymyr Zelensky restera au pays pour des raisons de sécurité.

Où est la France?

Au-delà, 15 Etats envoient des ministres, et 15 autres des vice-ministres ou des hauts fonctionnaires. C’est le cas des Etats-Unis, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de l’Italie. Un grand Etat brille pour l’heure par son «absence»: la France. Le DFAE attend toujours sa réponse. Cette incertitude serait due au contexte national: les élections législatives venant tout juste de se terminer, aucun gouvernement n’est pour l’heure formé. Le président Emmanuel Macron devrait annoncer la composition de son cabinet vendredi ou lundi. Impossible donc aujourd’hui de désigner un ministre pour aller à Lugano.

Le rendez-vous de Lugano succède à des sommets du G7, de l’OTAN ou de l’UE. Contrairement à ceux-ci, il lancera le processus de reconstruction de l’Ukraine en guerre, sous l’égide d’un copilotage ukraino-suisse. En cela, il est le premier du genre, soutiennent Berne et Kiev.

Les promesses de dons et d’enveloppes financières ne figurent pas au centre des objectifs fixés par les deux hôtes. Vu le conflit qui fait toujours rage, il est trop tôt pour définir déjà des montants précis à verser et des objets spécifiques à reconstruire. L’idée de Lugano consiste davantage à initier un mouvement international en faveur de l’Ukraine, et de fixer les principes et règles qui guideront l’action durant les années à venir. C’est à cela que l’utilité de la conférence tessinoise se mesurera, avancent les co-organisateurs.

Zelensky autocrate?

Evidemment, leur point de vue ne fait pas l’unanimité. A l’image du parti conservateur UDC, certains doutent du bien-fondé du sommet, estimant qu’il intervient à un moment trop précoce, qu’aucune avancée pour la paix ne peut être faite puisque la Russie n’est pas présente, et que le jeu n’en vaut pas la chandelle au vu des nombreuses restrictions de déplacement subies par la population locale.

Le sens démocratique de l’homme fort de Kiev, le président Volodymyr Zelensky, n’échappe pas aux critiques. Sa proximité avec les oligarques et la corruption fait craindre un mauvais emploi de l’aide. Il aurait en outre, selon le Blick, prévu à l’origine de n’envoyer que des députés de son parti, et de faire une croix sur ceux de l’opposition. Ce n’est qu’après protestations que certains parlementaires d’autres formations politiques auraient pu prendre le chemin de Lugano. Mais ils resteraient bien inférieurs en nombre.

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