Sobres et austères, les deux moines du monastère de Saint-Auguin, près de la ville de Schwytz, sont arrivés en Suisse il y a trois ans. Ils étaient auparavant aux Pays-Bas, pays où les syriaques orthodoxes ont érigé leur premier monastère européen, il y a vingt ans. C'est là que se trouve leur plus grande communauté en Europe.

Vêtu d'une longue soutane noire (kaimestou en syriaque), frère Mushé, le plus âgé des deux moines, porte une coiffe noire médiévale décorée de fils blancs, et une longue barbe. Est-elle obligatoire? «Oui, mais seulement pour les prêtres et les moines.» Cela fait partie de la tradition. Sans quoi on pourrait les sanctionner en leur interdisant, par exemple, de célébrer des messes. Les syriaques orthodoxes sont issus des chrétiens d'Orient (Turquie, Liban, Israël, Iran, Irak, Syrie). Leurs visages ont un air sévère. Est-ce dû à leur barbe? On leur donnerait facilement dix ans de plus qu'ils n'en ont en réalité. Incroyable, les deux moines n'ont de fait que 25 et 28 ans. Ils habitent en petite communauté dans le village tranquille d'Arth Goldau, à 10 kilomètres de Schwytz, et à quarante minutes de Zurich. La ville de Schwytz recense une des plus grandes communautés de syriaques en Suisse, avec environ 70 familles. Il y en aurait 1000 dans tout le pays, selon frère Mushé.

Mis à part ce dernier et frère Afrem, le monastère abrite deux nonnes et un professeur, chargé d'enseigner le syriaque à des jeunes venus d'un peu partout en Europe. De Suisse notamment, mais aussi des Pays-Bas et d'Allemagne. Dans le monastère, comme entre tous les syriaques, on parle en dialecte. Mais lors de la messe, c'est du syriaque pur, aussi appelé araméen, qui est utilisé. Une langue difficile, avec sa propre écriture, dont l'alphabet est composé de 22 lettres. A l'écouter, on croirait entendre de l'hébreu. Effectivement. Comme le confirme frère Mushé, le syriaque est composé de 16 dialectes, dont l'un est précisément l'hébreu.

D'après lui, il y a vingt millions de syriaques dans le monde, dont 2,5 millions d'orthodoxes. Mais en dépit de ce nombre, leur langue se perd, car elle est archaïque. Alors, comme une goutte d'eau dans un océan, les moines essaient de la perpétuer. Le monastère, qui loge maintenant trois jeunes – un adolescent et deux enfants – en a hébergé vingt il y a trois semaines. Les leçons peuvent varier entre deux et quatre heures par jour, en dehors desquelles ils ont quartier libre.

Dans la petite église, debout devant les pupitres de la chorale, les jeunes entourent les deux moines pour chanter les prières du soir. Une incantation rythmée en syriaque, qui dure environ vingt minutes. Ils se baissent de temps en temps pour s'incliner vers le sol et faire le signe de la croix, trois fois de suite. «L'apôtre saint Pierre a fondé notre église en 37 après Jésus-Christ à Antioche, dans le sud-est de la Turquie», explique frère Mushé, lui-même d'origine turque.

Dans le jardin, les moines cultivent des légumes et gardent des poulets. Ils mangent les œufs, mais non la viande. Les moines n'en mangent pas, cela fait partie de leur jeûne. Près de l'entrée du monastère, un petit cimetière. C'était celui des moines capucins, auquel le monastère et l'église avoisinante appartenaient auparavant. Trop âgés, ils ne pouvaient plus s'en occuper. Les moines syriaques orthodoxes le leur ont racheté il y a quatre ans pour un demi-million de francs, alors qu'il en valait cinq ou six. C'est le seul monastère qu'ils aient en Suisse. Mais en contrepartie de ce don, ils ont promis de garder le cimetière tel quel.