La présence féminine à Berne va s’affaiblir

Parlement Il y aura moins de sénatrices au Conseil des Etats après les départs etla redistribution des cartes cet automne

Plusieurs figures marquantes s’en vont. Leurs combats seront-ils repris?

Elles s’en vont. Cet automne, la représentation féminine de l’Assemblée fédérale va perdre quelques-unes de ses figures marquantes. Elle va même immanquablement diminuer au Conseil des Etats, qui compte actuellement neuf femmes. Car la Zurichoise Verena Diener (PVL) et l’Argovienne Christine Egerszegi (PLR) ne se représentent pas et seront remplacées par des hommes. Le siège de la Jurassienne Anne Seydoux-Christe (PDC) est pour sa part combattu. Un état des lieux qui inquiète la sénatrice Géraldine Savary (PS/VD), laquelle a évoqué ce retour en arrière programmé pour la cause féminine dans une opinion publiée début août par Le Matin Dimanche.

Au niveau des votes, l’influence des neuf sénatrices actuelles reste modeste. Elles défendent souvent de concert une Suisse plus ouverte, humaniste, où les armes n’ont pas leur place dans les greniers et qui promeut l’égalité. Mais leurs voix ne suffisent pas pour faire basculer un vote. «Néanmoins, il s’agit d’une question de principe et de valeurs», explique Géraldine Savary, pour qui la présence féminine n’est pas si anodine, même avec seulement neuf représentantes sur 46 sièges. «Le Conseil des Etats étant une petite chambre, les relations humaines y sont importantes. Et la complicité et la solidarité entre femmes permettent parfois de débloquer des situations. Nous pouvons jouer le rôle de courroie de transmission lorsque les fronts sont figés», indique la socialiste. Et de citer l’exemple du remboursement des primes d’assurance maladie payées en trop dans certains cantons, qui a finalement été réglé, alors qu’au départ le climat était très hostile. «Nous n’y sommes pas pour rien», assure Géraldine Savary.

Au Conseil national, il faudra attendre les élections fédérales d’octobre 2015 pour savoir si la part des femmes progresse ou régresse alors qu’elles occupent aujourd’hui 31% des sièges avec 62 élues sur 200. Mais Cesla Amarelle (PS/VD), vice-présidente des Femmes socialistes, se dit inquiète. «J’ai le sentiment qu’on va régresser car les partis comme les médias ne se préoccupent plus guère de la représentativité des sexes. Dans les débats, on veut surtout de la castagne et, dans ce contexte, les femmes ont plus de peine à entrer dans l’arène», dit-elle.

A la Chambre du peuple, les causes défendues par la gent féminine vont également perdre d’illustres avocates, comme Lucrezia Meier-Schatz. Madame famille du PDC, la Saint-Galloise ne se représente pas. Tout comme Maria Bernasconi, ancienne coprésidente des Femmes socialistes suisses, et sa camarade Jacqueline Fehr, élue à l’exécutif zurichois.

En écoutant l’énumération des futures ex-parlementaires, Lucrezia Meier-Schatz trouve immédiatement un point commun entre elles: «Ensemble, nous avons fait un grand travail de conviction au-delà des lignes politiques», dit-elle. Et de résumer cet engagement en un mot: la persévérance. La démocrate-chrétienne cite également quelques récents thèmes qui ont fait leur apparition dans l’agenda politique grâce à elles, comme la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, l’aide aux proches aidants, le soutien à la création de places dans les crèches, etc.

Ces combats subiront-ils un coup de frein alors que la politique familiale, l’égalité salariale et l’âge de la retraite des femmes seront à l’agenda politique de la prochaine législature? A voir. En ce qui concerne les partis bourgeois, Lucrezia Meier-Schatz est dubitative. Au sein de son parti, elle compte sur la Zurichoise Barbara Schmid-Federer pour reprendre son flambeau. «Mais on sent que les femmes UDC ne vont pas se battre pour cette cause et je cerne mal le potentiel qu’il pourrait y avoir au PLR», lance-t-elle. Aux Etats, Karin Keller-Sutter n’a pas la même sensibilité que Christine Egerszegi. «J’ai l’impression que la nouvelle génération de politiciennes de droite est plus conservatrice. Il faut dire que le climat politique actuel n’est guère favorable à la recherche de solutions et de compromis. Les fronts se sont figés, ce qui décourage les femmes, qui cherchent davantage à construire et qui ont une vision plus humaniste de la société, de se lancer en politique», estime Lucrezia Meier-Schatz.

A gauche, d’autres personnalités vont porter ces combats et la relève semble assurée. Reste que la conseillère nationale fribourgeoise Valérie Piller Carrard, qui a repris la vice-présidence de Pro Familia, est elle-même menacée par la concurrence masculine sur la liste socialiste. Et la sénatrice Géraldine Savary note également un changement de style. «Nous ne sommes plus dans le discours militant porté exclusivement par des féministes, relève-t-elle. Ces dernières ont tracé la route et la nouvelle génération s’engage autrement.» Décomplexées, féministes mais surtout féminines, plus individualistes, les militantes d’aujourd’hui ont aussi élargi le champ. «C’est vrai, la relève agit différemment, note Cesla Amarelle. Elle a compris que l’égalité entre les sexes passait par des avancées en matière de politique sociale et familiale.» Et les hommes sont bienvenus au club.

«Dans les débats, on veut surtout de la castagne et, dans ce contexte, les femmes ont plus de peine à entrer dans l’arène»