démographie

«Préserver la nature ne va pas contre l’homme»

Philippe Roch soutient l’initiative d’Ecopop contre la surpopulation. Selon lui, le texte obligera le monde politique à s’emparer d’un sujet encore tabou

L’association Ecologie et population (Ecopop) a déposé vendredi son initiative «Halte à la surpopulation», munie de 120 700 signatures. Le peuple votera donc sur ce texte qui vise, pour préserver les ressources naturelles, à limiter à 0,2% par année la croissance de la population due à l’immigration. Décriée pour son radicalisme et ses relents xénophobes, l’initiative est soutenue par l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, Philippe Roch. Il salue une initiative qui «ouvre un débat tabou jusqu’ici».

Le Temps: L’initiative d’Ecopop s’intitule «Halte à la surpopulation». Le problème est-il vraiment grave?

Philippe Roch: Il y a inadéquation entre la population et les ressources disponibles. Au niveau global, nous consommons l’équivalent d’une fois et demie ce que la planète peut produire. En Suisse, la population a doublé depuis la fin des années 30. Malgré une situation économique favorable, nos espaces de liberté diminuent, notre qualité de vie est dégradée par le béton et les voitures. Sachant que la Suisse consomme trois fois ce que son territoire peut produire, nous sommes déjà au-dessus de la limite, alors qu’un excédent de 80 000 personnes s’installe chaque année. Ce n’est pas durable.

– Limiter la croissance de la population étrangère à 0,2% par année: cela ne vous paraît-il pas à la fois simpliste et drastique?

– La vertu de l’initiative est d’ouvrir un débat tabou jusqu’ici. L’augmentation de la population en Suisse résulte de l’attractivité économique, une bonne chose en elle-même mais qui comporte des excès. Il faut donc revoir la politique économique. Il est vrai que cette limite fixée à 0,2% n’est pas la solution que je préfère. Mais il faudra quand même arriver à cet ordre de grandeur, qui représente environ 16 000 personnes par année. Comme l’initiative a de bonnes chances de passer s’il n’y a pas de contre-proposition valable, j’espère que le monde politique s’emparera du sujet et proposera un contre-projet satisfaisant.

– Préserver la nature des excès causés par l’homme: êtes-vous nostalgique ou mystique?

– Je suis les deux! Nostalgique parce que j’ai connu la Suisse magnifique des années 50, de l’espace et des paysages, et que je souhaite aux générations futures la même qualité de vie. Et mystique du fait de ma relation à la nature, comme source de bien-être psychologique. Je fais de l’écologie spirituelle. Je crois que l’humain est une petite chose dans un grand ensemble et que la nature porte des messages de cohérence et certaines valeurs: la nature est stationnaire. Elle est vivante mais il n’y a pas de croissance globale.

– On vous croyait écologiste modéré, on se trompait: vous êtes un décroissant pur et dur!

– (Rires) Ce que je crois, c’est qu’on se trompe en étant rivé à la notion de croissance. Il faut inventer un nouveau système, basé sur le bonheur, sur la satisfaction des besoins. Et construire une société d’épanouissement plus que de croissance.

– N’y a-t-il pas, derrière l’initiative d’Ecopop, une idéologie xénophobe, voire une sorte de fascisme vert?

– De mon côté, aucun risque! Je suis un citoyen du monde, j’adore les étrangers. On ne peut pas me soupçonner de ce type d’intentions, pas plus que les gens d’Ecopop que j’ai rencontrés. Mais, je ne peux pas exclure qu’il y ait, parmi les signataires, des gens animés d’intentions moins propres. Pour moi, préserver la nature ne se fait pas contre l’homme, au contraire: une humanité dans une nature dégradée serait une humanité malheureuse.

– Vous êtes un allié de circonstance de l’UDC et son initiative contre l’immigration massive. N’est-ce pas gênant?

– Je ne soutiens pas l’initiative de l’UDC. Je me méfie beaucoup de l’UDC blochérienne qui, en matière d’environnement, a toujours eu un discours totalement contradictoire. Ce parti a toujours tout fait pour démolir la politique environnementale tout en vantant les beautés de la Suisse traditionnelle. Mais s’ils décident de soutenir l’initiative, c’est leur droit.

– Vous avez été haut fonctionnaire, vous êtes rompu au réalisme politique. Pourtant, vous soutenez une initiative inapplicable, puisque contraire aux accords de libre circulation. Comment est-ce possible?

– Je ne suis pas pour une révision des accords de libre circulation. Je crois qu’on peut agir en amont. Les Européens viennent en Suisse parce qu’ils y trouvent un emploi. Il faut donc arrêter de vouloir créer des emplois à tout prix, de vouloir attirer tout le monde. Pour construire une économie plus durable.

– L’initiative demande aussi que la Suisse affecte 10% de son budget de coopération à la planification familiale volontaire. C’est un plaidoyer pour la politique de l’enfant unique à l’échelle de la planète?

– Si la Chine n’avait pas adopté cette politique, les Chinois seraient peut-être 2 milliards aujourd’hui! Mais bien sûr que la méthode chinoise était un peu brutale. Je crois qu’on peut s’y prendre autrement. C’est pour cela qu’il me semble juste, pour la Suisse, d’inclure la dimension démographique dans sa politique d’aide au développement.

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