Entre petits pays, il est plus facile de s'entendre. C'est la conclusion à tirer de la visite vendredi à Stockholm d'une délégation suisse emmenée par le président de la Confédération Moritz Leuenberger. Au terme de sa rencontre avec le premier ministre suédois Göran Persson, qui préside actuellement l'Union européenne (UE), le conseiller fédéral s'est déclaré satisfait de l'accueil réservé aux arguments suisses. En prévision d'un nouveau round de négociations bilatérales, la Suisse souhaite obtenir de son partenaire européen un engagement formel sur sa disponibilité à ouvrir des discussions sur les accords de Schengen et Dublin, ainsi que sur les «leftovers», ces huit thématiques résiduelles du premier round de bilatérales. Sur la fraude douanière et la fiscalité de l'épargne, les deux dossiers où l'UE est demandeuse, la Suisse a d'ores et déjà fait savoir qu'elle était prête à discuter.

L'UE se montre notamment réticente à entrer en matière sur Schengen et Dublin, car elle craint un engrenage où, à force de céder aux Suisses des petits morceaux d'Europe, elle leur ôte toute envie d'adhérer un jour. Pour contrer cet argument, la délégation suisse a fait valoir que la suppression des contrôles douaniers aux frontières – une des conséquences prévisibles de l'accord de Schengen – ne pouvait être assimilée à un cadeau fait à la Suisse. Au contraire, à l'instar de ce qu'avaient été la libre circulation des personnes et le transit des camions de 40 tonnes, il s'agira d'une mesure dont le bien-fondé devra encore être soigneusement expliqué à la population. Autrement dit, en se montrant disposée à entrer en matière sur ce dossier, l'UE contribuerait à ôter un obstacle sur le chemin de l'adhésion plutôt qu'elle ne se priverait d'un atout pour attirer la Suisse.

Convaincre les partenaires

Sensible à ces arguments, Göran Persson s'est engagé à les relayer auprès des autres Etats membres, à qui il proposera d'ouvrir simultanément des négociations sur tous les dossiers, «mais sans liens formels». La délégation suisse avait donc vendredi de bonnes raisons de se montrer satisfaite. Reste à savoir si la petite Suède, qui occupe la présidence de l'UE pour la première fois de son histoire, aura les moyens de convaincre ses quatorze partenaires et la Commission européenne.