Président de commune, justicier fiscal… et «prisonnier politique»?

Valais Patrice Martinet, président de Leytron, a choisi de dénoncer les manquements du fisc. Par principe, mais aussi pour protéger sa réputation

Patrice Martinet a les traits tirés et de gros cernes sous les yeux. Jeudi, c’est la deuxième fois en deux se­maines que le président de Leytron se présente devant la presse pour ­dénoncer les manquements de l’Etat du Valais dans le dossier fiscal du contribuable Jean-Marie Cleusix, chef du Service de l’enseignement de l’Etat du Valais.

La commission de recours en matière fiscale aurait perdu ce dossier pendant dix ans. Quand elle le retrouve, une partie des taxations sont prescrites. Mais la commission laisse s’écouler trois mois supplémentaires, avant de décréter que tout est prescrit. Jean-Marie Cleusix aurait ensuite demandé le remboursement des acomptes déjà payés pour ces ­périodes fiscales. Ce qu’il démentait jeudi en promettant la publication de documents sur le Web, dans un combat médiatique qui semble sans fin.

«Foutage de gueule»

Patrice Martinet n’a aucune habitude d’être sous le feu des projecteurs. Mais ce n’est pas ça qui l’empêche de dormir la nuit. C’est la colère. Une colère qui le conduit sur les plateaux de télévision la semaine dernière, à déclarer que les réponses de l’Etat à ses dénonciations sont «du foutage de gueule». L’expression est déjà sur des t-shirts en vente dans un kiosque du village. Patrice Martinet est entré dans le costume du héros. «C’est un gentil, quelqu’un d’arrangeant dont la porte est toujours ouverte mais, quand ça va trop loin, il se bat», explique le vice-président de la commune, Serge Ramuz, un cousin de Jean-Marie Cleusix.

Après la séance de repartie devant les médias de toute la Suisse romande, c’est au stamm PLR que Patrice Martinet et Serge Ramuz ­boivent un verre. En face du stamm PDC, comme dans presque tous les villages valaisans. «Je suis en colère parce que ce n’est pas juste», explique le président. Trois maisons plus haut se trouve sa fiduciaire, où ses clients sont régulièrement contrôlés et où «on leur demande de justifier chaque kilomètre effectué». Encore plus haut, près de l’église, ce sont des citoyens qui défilent dans le bureau du président. «Certains doivent faire des arrangements pour payer en plusieurs fois des sommes de quelques centaines de francs d’impôts alors qu’on laisse passer les choses pour un chef de service payé par la collectivité?!» La goutte d’eau qui fait céder les digues de la colère ­présidentielle, c’est la nomination de Jean-Marie Cleusix comme chef du Service de l’enseignement le 12 décembre dernier. «Les employés de l’Etat se doivent d’être parfaitement blancs et de montrer l’exemple. Or le Conseil d’Etat connaissait les problèmes de Jean-Marie Cleusix au moment où il l’a nommé.»

Patrice Martinet est un homme de principe, déçu par un gouvernement pour lequel il avait du respect, dit-il. Mais pas seulement. Il y a huit ans, ce PLR a raflé la présidence au PDC, qui tenait la commune depuis un siècle. Il s’est fait connaître, dit-on, comme conseiller municipal pour avoir obtenu des dédommagements pour les habitants d’un hameau qui ont dû abandonner leur maison après un glissement de terrain. Il est fier de l’agrandissement de l’école, de la réparation d’une route, de la construction d’un EMS promis depuis longtemps… «On m’a dit qu’on me ferait la peau, qu’on surveillerait tous mes faits et gestes», lâche-t-il. A la fin de l’année, des rumeurs dans le village disaient qu’on allait l’accuser dans la presse d’avoir protégé Jean-Marie Cleusix, affilié au PLR lui aussi. Alors Patrice Martinet a pris les devants, soutenu par son vice-président et l’unanimité du Conseil communal, qui compte trois PDC.

A la table du café arrive l’avocat qui a largement tempéré le dernier communiqué de presse de Patrice Martinet. «Si je vais en prison, je me déclarerai prisonnier politique!» lâche le président, qui risque 3 ans au maximum pour violation du secret de fonction. Les messages qui lui parviennent lui promettent des manifestations si tel devait être le cas. Mais la belle unanimité du Conseil municipal se lézarde, Maurice Tornay, conseiller d’Etat PDC, ayant vertement critiqué l’initiative du héros vendredi dernier. La main est désormais à la commission de gestion du Grand Conseil, qui traitera cette affaire en même temps que celle de Dominique Giroud. Et Patrice Martinet promet de se taire tant que les enquêtes seront en cours.