La conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a rencontré vendredi le président malien Amadou Toumani Touré à Bamako. La question des quatre touristes européens, dont deux Suisses, enlevés en janvier à la frontière entre le Mali et le Niger était au centre des discussions.

«La question des otages me touche beaucoup», a dit la conseillère fédérale à l’ATS à l’issue de son entretien avec M. Touré. «Le président malien nous a rassurés sur l’état de santé des otages» (un couple de Suisses, une Allemande et un Britannique).

«J’ai remercié le président malien pour son engagement personnel et les efforts de son gouvernement dans cette affaire. Nous sommes d’accord que la solution pour stabiliser l’insécurité c’est le développement», a ajouté la cheffe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Selon elle, la Suisse coopère «étroitement» avec les autorités britanniques et allemandes. «Nous avons une stratégie commune et c’est le gouvernement malien qui est responsable du dossier», a-t- elle dit.

La zone sahélienne du nord du Mali couvre 600 000 km2 (soit vingt fois la Suisse). Le contrôle de l’Etat est faible dans ces territoires peu peuplés. De nombreux groupes sévissent dans cette bande désertique aux frontières poreuses, comprenant la Mauritanie, le Mali, l’Algérie, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et le Soudan.

Selon un spécialiste des conflits interrogé par l’ATS, ces groupes étaient traditionnellement impliqués surtout dans le trafic de drogue et de cigarettes. «Le phénomène des prises d’otages est plus récent», précise Mamadou Goïta, directeur exécutif de l’Institut de recherche et de promotion des alternatives en développement (IRPAD-Afrique).

Températures caniculaires

«Ce sont des petits groupes qui font les prises d’otages pour les vendre à Al-Qaïda qui a une présence minime dans la zone. Ils sont connus. Souvent, les gens du village signalent même aux responsables politiques les jeunes qui disparaissent puis reviennent», explique M. Goïta qui connaît bien la zone pour y avoir travaillé comme médiateur et formateur en gestions des conflits.

Selon lui, il y a certainement déjà une piste. «Je pense que la question va se régler bientôt. La canicule pourrait accélérer les choses, car personne ne souhaite que les otages ne leur’crèvent’entre les mains», estime le spécialiste.

Actuellement, les températures peuvent atteindre jusqu’à 50 à 52 degrés le jour pour chuter à 26 degrés la nuit dans le désert malien. Et l’otage allemande a 77 ans, le couple suisse 54 et 59 ans.

La cheffe de la diplomatie suisse est arrivée jeudi soir au Mali, en provenance du Nigeria. Lors de son étape à Bamako, elle a également rencontré le ministre malien des affaires étrangères Moctar Ouane.

Mme Calmy-Rey a rappelé que le Mali était un des pays prioritaires de l’aide au développement suisse. La contribution actuelle de 12,5 millions de francs par an pourrait passer à près de 20 millions et l’aide au développement être redéployée plus au nord du pays, a-t-elle souligné.

S’y ajoute la volonté suisse de développer des programmes de promotion de la paix. Ainsi, un spécialiste suisse en promotion de la paix et de la sécurité du DFAE va être stationné à Bamako. «Nous avons tiré les leçons de la prise d’otages de 2003», affirme la cheffe de la diplomatie suisse.

Trente-deux touristes allemands, suisses, néerlandais et autrichiens avaient été enlevés en février/mars 2003 dans le Sahara algérien, et libérés en deux vagues successives. Selon des informations jamais confirmées de source officielle, une rançon de cinq millions d’euros avait été versée pour leur libération.

Mme Calmy-Rey est accompagnée d’une délégation de huit personnes, dont les chefs des Divisions politiques VI (Suisses de l’étranger), responsable de la gestion de crise, et II (Afrique/Moyen-Orient), ainsi que du directeur de la Direction du développement et de la coopération (DDC). Elle termine son voyage au Burkina Faso.