Il est plutôt difficile de faire une allocution du 1er Août qui retienne l'attention. Adalbert Durrer y a réussi. Le président du PDC, qui s'exprimait mardi à Weissbad, dans le canton d'Appenzell, a en effet saisi l'occasion pour remettre en question la formule magique du Conseil fédéral. Il a prôné en lieu et place un système qui verrait une coalition gouvernementale faire face à une opposition, dans un moment où la politique de concordance a atteint ses limites et devient un obstacle à l'action du gouvernement.

Fidèle à lui-même

C'est en l'occurrence plus le contexte que la teneur des propos d'Adalbert Durrer, qui a attiré l'attention. Les allocutions prononcées lors des manifestations de la Fête nationale portent plus, d'ordinaire, à la glorification des vertus confédérales et à la célébration des institutions existantes qu'à leur remise en cause. Mais le président du PDC est fidèle à lui-même. Ses propos du 1er Août s'inscrivent dans la droite ligne du discours qu'il avait tenu à la fin du mois de mars dernier devant les délégués de son parti réunis à Romanshorn. On était à l'époque au plus fort de la polémique entre l'UDC et le PS, suite aux attaques lancées par Chritstoph Blocher contre les socialistes. La brouille menaçait les rapports établis entre les partis gouvernementaux et en particulier les entretiens de la Maison de Watteville. Adalbert Durrer et le président du Parti radical, Franz Steinegger, avaient alors écrit aux socialistes et aux démocrates du centre pour leur enjoindre de mettre fin à leur querelle. C'est dans ce contexte que le président du PDC s'était exprimé de façon assez pessimiste devant son parti.

En mettant la faute à parts égales sur l'UDC et le PS, Adalbert Durrer avait qualifié la crise de «plus importante qu'on veut bien le croire» et diagnostiqué une crise fondamentale de la politique de concordance qui porte la Suisse depuis quarante ans. En délaissant l'alliage de quelques convictions fondamentales, de formes et de principes moraux élémentaires qui constituent le fondement du régime, socialistes et démocrates du centre, affirmait-il, poussent à la fin de ce régime.

Adalbert Durrer, injoignable cette semaine pour cause de vacances, exhortait alors les intéressés à s'entendre, mais annonçait d'ores et déjà clairement que le PDC ne refusait plus, a priori, d'envisager la fin de la formule magique. Apparemment, les quelques mois qui se sont écoulés depuis la fin mars l'ont plutôt conforté dans sa conviction que ladite formule magique est condamnée. Rien n'a changé, il est vrai, dans les rapports entre les partis gouvernementaux, même si d'autres polémiques ont passé entre-temps au premier plan des préoccupations politiques et médiatiques.

Ça n'est pas mal vu d'occuper ainsi le terrain, mais il reste à voir s'il s'agissait d'une simple velléité sans lendemain ou si ce discours du 1er Août était une pièce d'une stratégie plus générale. Quoi qu'il en soit, le président du PDC n'est pas à lui seul de taille à faire avancer la réflexion sur ce sujet. Jusqu'ici, Adalbert Durrer n'a fait preuve ni d'une particulière pertinence dans ses choix politiques, ni de sa capacité à imposer ses priorités, même à l'intérieur de son propre parti. Il est dès lors extrêmement douteux qu'il parvienne, à supposer que tel soit bien son but, à initier véritablement un débat. Tout au plus pourra-t-il se targuer, selon l'évolution des choses, d'avoir annoncé, sans parler d'organiser, des événements qui lui auront échappé.

Longue agonie

Si la formule magique est sans doute promise à disparaître, son agonie peut se révéler très longue. Elle n'avait pas, jusqu'aux dernières élections fédérales, de plus chauds partisans que les démocrates chrétiens, qui voyaient une planche de salut dans la conservation de leurs deux sièges au Conseil fédéral. En posant la question des institutions, Adalbert Durrer veut peut-être esquiver celle de l'ouverture, qui divise cruellement le groupe parlementaire démocrate-chrétien.