Etre né exactement sept minutes après une conseillère fédérale le 14 mai 1960 relève des hasards de la vie. Mais quand une telle coïncidence permet, pour la première fois en neuf semaines, de sortir enfin à plus de 3 kilomètres de sa cabane de confiné, elle fait bien les choses. Diable, c’est qu’une invitation personnelle d’une présidente de la Confédération à partager un gâteau d’anniversaire commun, ça ne se refuse pas!

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Le hasard a aussi voulu que cela «tombe» sur un journaliste, mais l’idée de Simonetta Sommaruga n’était pas d’organiser un entretien de nature politique. La prima inter pares de 2020 voulait un dialogue «philosophique». Sur le temps qui passe et sur ce cap symbolique que constitue l’entrée dans la septième décennie lors d’une année présidentielle, encore un hasard, au cours d’une période plutôt perturbée, peu propice aux grands rassemblements festifs.

Quel autre chef d’exécutif national aurait-il pu avoir cette idée si originale de rencontrer un contemporain pour «marquer le coup» à l’occasion de ses 60 ans? Il fallait bien, pour cela, un pays comme la Suisse, où les hauts responsables fédéraux peuvent prendre un train presque incognito à Neuchâtel ou faire leur marché à Berne sans être assaillis par les quidams.

Mais il fallait aussi un certain courage pour dévoiler un peu de son intimité, tout en répondant avec humilité à celles et ceux qui crieront à l’opération de communication bien huilée, au moment où c’est un collègue de parti et de gouvernement qui prend toute la lumière en gérant une crise sanitaire inédite. Il fallait bien, oui, pour rendre possible cette expérience un brin extrême, une Simonetta Sommaruga toujours élégante dans le geste altruiste et toujours ferme dans ses combats pour la justice sociale, l’égalité des genres et la revalorisation des professions que la pandémie de Covid-19 a mises sur le devant de la scène, celle des risques encourus pour le bien commun.

C’est sans doute pourquoi l’esthète de la politique fédérale est si populaire, qu’elle caresse ou qu’elle frappe les esprits comme elle le fait avec les touches de son piano. Humblement fière de ses victoires politiques et souvent convaincue que ses échecs ne sont que partie remise. Appelant Jean-Sébastien Bach et Thomas Mann à la rescousse lorsque les certitudes vacillent ou que l’harmonie des lignes se rompt. Pour tout cela, aujourd’hui, un heureux anniversaire, Madame la Présidente!