Ces dix dernières années, l'Etat du Valais a vu sa dette brute grossir d'environ 1 milliard de francs pour atteindre 2,7 milliards. En novembre dernier, la discussion sur le budget 2002, qui s'est terminée sur un manque de financement de 23 millions, a vu une forte opposition de la majorité bourgeoise du Grand Conseil, notamment de la commission des finances présidée par le radical Albert Arlettaz.

Tous les partis bourgeois sont d'accord pour mettre un frein à l'endettement du canton. Seuls les socialistes (12% du parlement) restent sceptiques face à une telle option. Toutefois, c'est dans la manière que la partie se jouera serrée. C'est ainsi que l'idée d'une table ronde, à l'instar de ce qui se pratique dans d'autres cantons, a eu l'aval des groupes politiques et du Conseil d'Etat. La première réunion est fixée au 21 décembre prochain. Le cercle des participants a toutefois été limité aux parlementaires et aux conseillers d'Etat. Les partis, les communes, les syndicats ou les associations professionnelles seront consultés par la suite.

La table ronde devrait présenter ses résultats au mois de mars prochain. Le temps presse car le Valais n'a pas encore arrêté un plan financier quadriennal pour cette législature qui a débuté en mai dernier et qui prendra fin en 2005. Le président du gouvernement et chef du Département des finances Wilhelm Schnyder prépare cette rencontre: «Nous avons demandé à nos services, pour le 20 décembre, de faire une liste des priorités, ainsi que des propositions pour diminuer les dépenses et/ou augmenter les recettes. Le but n'est pas de faire en deux mois une révolution étatique, mais d'analyser les positions budgétaires pour voir comment on peut atteindre ce degré de 100%. Nous devons aussi avoir un changement de mentalité. Les gens doivent comprendre que ce qui est agréable d'avoir, mais pas indispensable, on ne l'aura plus.»

Parmi les groupes politiques, le chef des fractions démocrates-chrétiennes Georges Mariétan estime que la table ronde sera un exercice difficile: «On ne va pas trouver en quelques semaines des solutions comme par un coup de baguette magique. Il faut accepter des remises en question, même par rapport à des décisions récentes, par exemple dans la formation. Par ailleurs dans la santé, je pense que ces discussions devraient permettre de précipiter la réorganisation du secteur hospitalier. Il faudra aussi procéder à des réformes structurelles là où l'on peut redimensionner. Par contre, nous ne sommes pas favorables à diminuer l'ampleur des investissements ou à charger davantage les communes.»

Pour le chef de groupe radical François Gianadda, la table ronde doit viser des réformes en profondeur: «Le dossier de la fusion des communes me paraît prioritaire. Il nous faut des chiffres sur les flux financiers. Il y a là certainement des montants importants à économiser. Pour le reste la table ronde devrait permettre à chaque groupe politique, selon les compétences professionnelles de ses membres, de proposer des réformes ponctuelles qui permettraient d'alléger les coûts des différentes missions de l'Etat.»

Les socialistes concentrent leur attention sur la possibilité de recettes nouvelles: «Ce que l'on souhaite, précise Jean-Marc Zufferey, ce ne sont pas seulement des dépenses en moins. Il faut se demander pourquoi l'on vient d'abaisser les recettes fiscales de 60 millions pour le canton et de 40 millions pour les communes. Nous craignons que l'on ne doive faire des économies dans les secteurs de la santé, de la formation ou du social.»

Enfin le délégué aux affaires financières du canton, Alfred Rey, prend très au sérieux cette table ronde: «A mon avis, il faudrait aller progressivement pour combler progressivement un trou de 150 millions en 2005. Mais dans cet exercice il y a des inconnues de taille, comme la participation de la Confédération pour les intempéries et les mesures de protection à prendre, soit environ 400 millions. Il y a aussi l'apport de la Banque nationale suisse qui est suspendu à l'initiative de Blocher. Il ne faut pas seulement faire un scénario optimiste mais également un pessimiste et les écarts sont énormes.»

A partir de la semaine prochaine, la table ronde dira si le fait de déplacer le problème de l'équilibre budgétaire dans un autre cadre de discussion sera constructif. Dans un environnement politique où les situations acquises sont nombreuses et inhérentes au système, c'est un défi lancé à ses participants.