L'assemblée des délégués de l'UDC ce samedi à Genève constituera un moment important dans la campagne. On ne peut exclure que la base décide de soutenir l'initiative des 18% contre l'avis de plusieurs de ses grands leaders, Ueli Maurer et Christoph Blocher en tête. Si la politique du Conseil fédéral en matière d'étrangers et surtout d'asile est assez unanimement jugée trop laxiste au sein du parti agrarien, les avis divergent sur la question de savoir si l'initiative constitue une réponse adéquate. Les opposants redoutent ses implications économiques néfastes et font valoir que l'initiative se bornerait en cas d'acceptation à entraîner une vague de naturalisations. Les partisans du texte, parmi lesquels on trouve des personnalités ultra-nationalistes comme Ulrich Schlüer ou Hans Fehr, souhaitent, eux, envoyer au Conseil fédéral un signe de ras-le-bol qui le contraigne à durcir sa ligne.

Le chef de file des initiants, Philipp Müller, a bien compris l'importance de ce vote. Comme l'a révélé le Tages-Anzeiger, le radical argovien s'est fendu cette semaine d'une lettre aux représentants de l'UDC pour essayer de convertir les indécis à sa cause. Le ton employé tranche singulièrement avec celui qu'il arbore généralement en public. Alors que lundi, en conférence de presse, Philipp Müller jurait la main sur le cœur qu'il respectait les requérants d'asile et que son initiative ne les visait pas, il écrit à peu près le contraire dans sa missive. Un oui à l'initiative exercerait une «énorme pression» sur le Conseil fédéral pour qu'il se montre plus restrictif en la matière. «On ne peut imaginer meilleur balai dans le domaine de l'asile», y précise-t-il. S. Z.