Cette fois, ça y est. Les Fribourgeois mangeront de nouveau leur fondue sans s’étrangler. Le groupe laitier Emmi a décidé jeudi soir de renoncer dès le mois de mai 2013 à utiliser le nom «gruyère» pour ses fromages fabriqués aux Etats-Unis.

Produit depuis 1991 par une société du Wisconsin que le groupe a rachetée en 2009, le «Gruyère Grand Cru» représente trois des 20 produits américains d’Emmi et était devenu une affaire d’Etat. Il y a quelques semaines, Emmi a annoncé un investissement de 40 millions pour agrandir son usine américaine. L’affaire est même allée jusqu’au parlement fédéral.

Si l’entreprise laitière considère les réactions populaires «très sérieusement», «ce n’était pas le facteur principal», selon sa responsable de la communication, Esther Gerster. «Arrêter d’utiliser le nom de gruyère est une idée que nous avons depuis un moment. Nous ne l’avons pas fait jusqu’ici parce que nos concurrents utilisent aussi ce terme. Pour eux, un fromage à pâte dure s’appelle du gruyère. Il existe ainsi un comté français et un fromage d’alpage autrichien qui, tous deux, sont appelés gruyère aux Etats-Unis.»

Les concurrents d’Emmi, justement, continueront à utiliser le nom de gruyère. C’est là la priorité désormais: convaincre les Etats-Unis que le gruyère est suisse et qu’on ne peut pas baptiser ainsi un fromage américain. «La décision d’Emmi augmente les chances d’enregistrer la marque gruyère aux Etats-Unis», se réjouit Philippe Bardet, directeur de l’Interprofession du gruyère.

Mais comment faire, dans un pays qui ne reconnaît pas les Appellations d’origine contrôlée (AOC)? Il s’agira de discuter avec les autorités, peut-être par une procédure judiciaire, pour aboutir à une sorte de marque déposée. En Suisse et en Europe, elle appartient directement à l’Interprofession.

Usine agrandie

Celle-ci espère une hausse des ventes de gruyère AOC outre-Altantique. «En dix ans, nous sommes passés de 1500 à 3000 tonnes vendues par an, entre autres grâce à Emmi», souligne Philippe Bardet. Le souci vient en réalité des quotas d’entrée, difficiles à augmenter.

Du côté de l’usine du Wisconsin, l’agrandissement reste d’actualité. «Ces 40 millions serviront pour chacun de nos 20 fromages américains, insiste Esther Gerster. En parallèle, je rappelle qu’Emmi a investi 30 millions de francs en Suisse ces dernières années pour l’affinage du seul gruyère.»

La fin du terme «Gruyère Grand Cru» ne devrait pas avoir un impact particulier sur la production d’Emmi, insiste le groupe. Le gruyère américain ne compte que pour 10% de ses ventes de fromages locaux.