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La pression monte sur l’évêque de Coire, Vitus Huonder

Les propos homophobes de Vitus Huonder s’invitent au programme de la prochaine assemblée des évêques

La pression monte sur l’évêque de Coire, Vitus Huonder

Eglise Les propos homophobes du prélat s’invitent au programme de la prochaine assemblée des évêques

Pink Cross avait d’abord exigé des excuses officielles de la part de l’évêque du diocèse de Coire, Mgr Vitus Huonder, pour avoir cité publiquement un verset de la Bible appelant à la mise à mort des homosexuels, lors d’un congrès catholique en Allemagne le 31 juillet.

Ce lundi, la faîtière des organisations homosexuelles de Suisse compte aller plus loin et déposera plainte contre l’homme d’Eglise pour «provocation publique au crime ou à la violence» – un délit passible, selon l’article 259 du Code pénal, de 3 ans d’emprisonnement – rapportaient dimanche la SonntagsZeitung et Le Matin Dimanche.

L’évêque n’en est pas à sa première condamnation de l’homosexualité. «Les réactions ont été trop indulgentes jusqu’ici», explique au Temps le président de Pink Cross. Pour la faîtière, qui regroupe quelque 350 organisations gays, la «ligne rouge» est franchie: «Nous avons reçu énormément de réactions. Certaines personnes religieuses nous ont appelés pour nous insulter. D’autres, pour nous remercier d’avoir réagi, ou nous dire qu’ils ont quitté l’Eglise après avoir entendu les propos de Vitus Huonder.»

Au Congrès du Forum Deut­scher Katholiken, à Fulda, l’évêque suisse, connu pour ses postures ultra-conservatrices, citait ce verset du Lévitique: «Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu’ils font tous les deux est une abomination: ils seront mis à mort, leur sang retombera sur eux.»

Lundi dernier, Vitus Huonder réagissait face aux critiques par un communiqué sur le site de l’évêché de Coire. Il «regrettait d’avoir été mal compris», assurant qu’il ne voulait en aucun cas «déprécier les homosexuels». L’évêque estime toutefois, citant le catéchisme catholique, que les actes homosexuels «transgressent l’ordre naturel» et «ne sauraient recevoir d’approbation».

Pétition

Les propos de Vitus Huonder n’ont pas fini de faire des vagues. Sur Internet, une pétition circule pour dénoncer une «incitation au meurtre» et une «légitimation des crimes homophobes» de la part du prélat. Le texte, qui avait récolté dimanche près de 3000 signatures, exhorte la Conférence des évêques suisses (CES) à se distancier publiquement du discours de Vitus Huonder.

Prudente, l’instance catholique renvoie à la «doctrine universelle de l’Eglise» au sujet de l’homosexualité et ne commente pas l’affaire. «Nous ne sommes pas un organe de contrôle des évêques», justifie Walter Müller, responsable de la communication auprès de la CES. Les évêques suisses attendent l’issue de leur assemblée ordinaire, du 31 août au 2 septembre, pour adopter une position commune. «Nous avons reçu de nombreuses réactions de personnes, catholiques ou non, blessées, suite aux propos de Monseigneur Huonder. La Conférence répondra suite à cette assemblée», souligne Walter Müller.

«Remettre en question le poids de l’histoire»

Certains n’ont pas attendu pour s’exprimer. Dans une lettre envoyée à ses fidèles le 7 août et publiée sur le site du diocèse de Saint-Gall, l’évêque Markus Büchel, président de la CES, appelle à «remettre en question le poids de l’histoire» et «trouver une nouvelle parole équitable envers les hommes». «Dans une relation, avoir une sexualité responsable est plus important que l’inclinaison homo ou hétérosexuelle.»

Dans une interview publiée par l’hebdomadaire Schweiz am Sonntag , le prêtre Franz Sabo estime de son côté que «le temps de Vitus Huonder appartient à une époque révolue». En mars 2014 déjà, une alliance d’organisations catholiques s’était réunie sous le slogan «Assez» pour protester contre le conservatisme de l’évêque de Coire et réclamer sa révocation. Le même jour à Schwyz avait lieu une contre-manifestation en faveur du prélat. Mais seul le pape est habilité à déplacer ou révoquer un évêque.

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