Valais

Sous pression, Oskar Freysinger renonce aux conseils du survivaliste

Le ministre de la sécurité recule face à l’indignation des Valaisans. Son département cesse toute collaboration avec le survivaliste Piero San Giorgio. Le gouvernement analysera les conditions de son engagement

«A la suite des propos tenus sur les réseaux sociaux par Piero San Giorgio», le Département de la formation et de la sécurité a décidé de ne plus faire appel à lui «pour toutes expertises, actuelles et futures». Par communiqué de presse, les services d’Oskar Freysinger annoncent la fin de leur collaboration avec le survivaliste genevois, collaborateur externe depuis le printemps passé: «Le Département condamne fermement les déclarations du consultant et les regrette vivement.»

Lire également notre éditorial: Oskar Freysinger, le dérapage de trop

En Valais, la polémique enflait depuis mardi dernier et un article du «Temps» qui relevait le sulfureux passé de Piero San Giorgio. Homme d’affaires proche des milieux d’extrême droite, il avait été engagé par le Département de la formation et de la sécurité pour analyser les risques de crises sociétales auxquelles le Valais entend se préparer. Il soutient que la planète va vers un effondrement énergétique, politique et économique qui la mènera à un état de guerre généralisée d’ici 2025Après avoir participé à deux séances du groupe de travail, il recevra des indemnités conformes à la législation cantonale.

Lire aussi: Le survivaliste qui murmure à l’oreille d’Oskar Freysinger

Politiciens indignés

Il y a quelques jours, le survivaliste s’entretenait avec le youtubeur et fasciste assumé Daniel Conversano. Il soutenait que la véritable nature des Européens, «c’est d’être un waffen SS». Pour lui, et «c’est une bonne nouvelle», l’immense majorité des gens sont irrécupérables et vont mourir. Enumérant «le gauchisme, l’humanisme, le droit-de-l’hommisme, et toutes ces merdes qui ne devraient pas exister», il ajoutait: «On sauve les malades, les handicapés… Ça donne bonne conscience, mais c’est comme ça qu’on détruit une civilisation.»

C’est bien plus que jouer avec le feu; c’est tout simplement jouer avec le diable

Ces dernières heures, la présidente du gouvernement Esther Waeber-Kalbermatten était sortie de sa réserve, «personnellement et profondément choquée par des propos indignes de notre civilisation». Pour la socialiste, «ça fait trop et les citoyens n’ont pas à payer pour ça». Son indignation a été suivie des réactions outrées des libéraux-radicaux et des démocrates-chrétiens. Pour les premiers, «c’est bien plus que jouer avec le feu; c’est tout simplement jouer avec le diable». Pour les seconds, «c’est inadmissible». Une pétition en ligne circulait sur les réseaux.

Lire aussi: Le survivaliste indigne la présidente du gouvernement valaisan

Plusieurs partis exigent désormais des explications. Le conseiller d'Etat UDC était en contact avec le survivaliste, au moins depuis septembre 2014 et une vidéo tournée par les deux hommes en Valais. Ce jeudi, le Conseil d’Etat a décidé «d’analyser les conditions dans lesquelles ce groupe de travail a été institué, son mandat précis ainsi que le profil de ses membres». Pour la présidente du gouvernement, Esther Waeber-Kalbermateen, «il en va de l’image et de la crédibilité de l’Etat du Valais.»

Contacté, Oskar Freysinger n’a pas répondu aux sollicitations du «Temps» pour l’instant. A trois mois des élections, le ministre de la sécurité avait choisi de lancer la campagne à sa propre succession par une conférence de presse qui mettait en scène le survivaliste et son dernier ouvrage. Sur sa chaîne YouTube, Piero San Giorgio considère que «les médias ont créé un shitstorm» et que «c’est tout ce qu’ils savent faire de nos jours». Commentant «les réactions des pleureuses habituelles», il relativise ses propos, et continue à prophétiser un effondrement imminent: «Préparez-vous!»

Publicité