Quelle différence y a-t-il entre exiger le référendum obligatoire pour l'accord de Schengen et dire non à ce même accord? Cette querelle sémantique a divisé les esprits samedi à Zurich, lors de l'assemblée extraordinaire de l'UDC convoquée pour s'occuper de ce dossier et délivrer les mots d'ordre pour les votations du 26 septembre. Le parti de Christoph Blocher s'était réuni dans son antre, à savoir la mythique salle de l'Albisgüetli, où l'ex-tribun zurichois a maintes fois enflammé les foules conservatrices. Détail piquant, il n'était lui-même pas présent samedi, pas plus d'ailleurs que son collègue Samuel Schmid. Motif officiel entonné à l'unisson par le président du parti, Ueli Maurer, et les porte-parole des conseillers fédéraux: cette assemblée extraordinaire a été convoquée tardivement, et les deux magistrats avaient déjà prévu d'autres engagements.

Officiellement toujours, la réunion avait pour but d'exiger le référendum contre la participation de la Suisse à l'espace Schengen. Comme les neuf nouveaux accords bilatéraux n'ont pas encore été transmis au parlement, le référendum ne peut être lancé maintenant. Il faudra attendre janvier pour pouvoir le faire formellement. Dans le but de maintenir la pression, l'UDC a dès lors adopté par 344 voix contre 11 une résolution qui exige que le Conseil fédéral revienne sur sa décision de ne soumettre Schengen qu'au référendum facultatif. Cette stratégie évite de devoir obtenir la double majorité du peuple et des cantons, ce qui serait le cas avec le référendum obligatoire. La majorité du peuple suffira.

En réalité, le débat de l'Albisgüetli a tourné au réquisitoire unilatéral contre Schengen. Le directeur de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) a sans doute été l'un des plus virulents. «Notre programme électoral dit noir sur blanc que l'UDC s'oppose aux accords de Schengen et Dublin, car cela constitue la porte d'entrée de l'Union européenne», rappelle-t-il, en montrant au passage du doigt «ce conseiller fédéral opposé à Schengen qui a changé d'avis à la suite d'un repas pris à Bruxelles», portrait dans lequel il n'est pas interdit de reconnaître Hans-Rudolf Merz.

Le conseiller national valaisan Oskar Freysinger dénonce «l'inanité» du système Schengen: «Pour l'Euro, le Portugal a réintroduit les contrôles frontaliers pour prévenir la menace terroriste. Ce qu'ont fait, avant elle, la France et l'Espagne après l'attentat de Madrid.» Pour lui, Schengen «sonne le glas de notre souveraineté». Le conseiller national bernois Walter Schmid estime que cet accord a été négocié de manière «non professionnelle» par le Conseil fédéral, qui «a envoyé Ruth Metzler, dans sa fraîcheur et sa naïveté, dire à Bruxelles que la Suisse avait besoin de Schengen!» De son côté, le président de l'UDC zurichoise, Peter Good, s'inquiète du fait que Schengen pourrait interdire aux Suisses de conserver leur arme de service chez eux!

La plupart des interventions entendues samedi avaient la même teneur. Cela a gêné une poignée d'audacieux délégués, qui se sont enhardis à apporter quelques bémols. Pour le Vaudois Pierre-François Veillon, la décision de lancer le référendum est «prématurée» et traduit un «manque d'honnêteté intellectuelle». Le Fribourgeois Jean-François Rime partage ses hésitations: «Nous avons peu d'informations sur ces accords. Si nous avons la prétention d'être le plus grand parti et cherchons à recruter des gens dans l'économie, nous devons argumenter sur le fond.» Un délégué alémanique regrette que personne n'ait défendu le point de vue inverse de ceux qui refusent Schengen, «ce qui est contraire à notre tradition». Ces avis nuancés sont cependant restés très minoritaires.

Comme pour confirmer que l'assemblée n'avait d'autre but que de condamner tout rapprochement avec l'UE, le chef du groupe parlementaire, Caspar Baader, a renchéri par un sévère réquisitoire contre les premiers contrats bilatéraux. A ses yeux, les accords sur les transports terrestres, les transports aériens et la libre circulation des personnes ne fonctionnent pas. Le seul bémol apporté par l'UDC dans les relations avec l'UE concerne le secret bancaire. «La Suisse semble avoir réussi à se défendre efficacement contre les pressions de l'UE grâce à l'accord sur l'imposition du revenu de l'épargne», concède Caspar Baader, qui annonce que l'UDC ne s'opposera pas à cet accord.