Une montagne en plastique de dix mètres de haut qui avait déjà servi à la propagande en faveur de l'Initiative des Alpes, un cor des mêmes Alpes, des militants écologistes, socialistes et du WWF: le comité Avanti-Non du Valais s'exhibait hier à Sion sur la place de la Planta. Pour répondre à des accusations du type de celle lancée par un sous-préfet lors d'un débat interne du PDC cantonal: «Vous crachez sur la terre de nos parents.»

Après moult hésitations, le PDC cantonal a consenti à soutenir le contre-projet. Mais il a dû se faire violence puisque, très discrètement, le non a été retenu par la plupart de ses pontes, tels les conseillers aux Etats Simon Epiney et Rolf Escher, ou encore les conseillers d'Etat Jean-René Fournier, Wilhelm Schnyder et Jean-Jacques Rey-Bellet. Nul démocrate-chrétien pourtant hier sur la Planta, à l'exception d'un seul: Georges Darbellay, président du comité Avanti-Non Valais.

Ce PDC-là n'est pas exactement comme les autres: il avoue une sensibilité écologiste accentuée, basée sur la conviction «que l'environnement est un bien commun qui doit être géré comme tel». Sans doute ce physicien à l'EPFL tire-t-il ses convictions d'un autre tonneau que ses coreligionnaires. Député suppléant au Grand Conseil, il a obtenu un doctorat en physique à Oxford, puis a travaillé cinq ans comme chercheur à l'Académie des sciences de Prague.

Georges Darbellay est pourtant revenu à son hameau natal du Borgeaud, près de Bovernier. Pour tout arranger, il s'affiche de tendance «chrétienne-sociale», et dépose au parlement des postulats qui ont le don d'agacer prodigieusement les membres de son propre groupe. On l'a entendu demander au canton de réfléchir à l'après-pétrole ou d'investir dans le moteur à hydrogène. L'automne dernier, il a même poussé le bouchon jusqu'à se présenter au Conseil national sur la liste du PDC… vaudois, derrière son ami Jacques Neyrinck.

Aujourd'hui, Georges Darbellay constitue à lui tout seul l'aile verte du PDC valaisan. Et le contre-projet à Avanti l'amuse: il lui permet de retrouver dans son camp les pourfendeurs habituels de l'écologie, soit les notables cités plus haut: «Quelqu'un comme le conseiller d'Etat Jean-Jacques Rey-Bellet qualifie à l'interne Avanti d'«arnaque» mais n'osera pas s'engager publiquement contre le Conseil fédéral, de peur de se retrouver dans le même camp que les écologistes et les socialistes. Et les arguments des démocrates-chrétiens qui sont pour, comme Christophe Darbellay, se résument à assurer qu'on a là un bon contre-projet parce qu'il est combattu par les rouges et les verts.»

Quand il évoque son parcours, Georges Darbellay explique que sa fibre écologiste est sortie renforcée de son séjour à l'Est: «La mort des forêts? Des gens en Valais, comme le promoteur Jean-Marie Fournier ou Simon Epiney, prétendent volontiers qu'elle n'existe pas. Mais je l'ai constatée de mes yeux, j'ai vu des régiments d'arbres secs sur pied.»

L'écologiste du PDC évoque alors sa femme, Alina, rencontrée à Oxford, engagée aujourd'hui dans une association écologiste défendant l'espace Mont-Blanc, et originaire d'une des régions les plus polluées d'Europe, Katowice en Pologne: «Là-bas, les autorités sont obligées d'organiser chaque année des vacances subventionnées pour que les enfants, dont le taux de maladie est plus élevé que la moyenne, puissent vivre quelque temps ailleurs.»

Georges Darbellay en revient aux notables du PDC valaisan, qui lui rappellent tant les apparatchiks du PC soviétique: «Des pense-petit aveuglés par leur idéologie anti-écolo, qui nous présentent comme des archaïques alors que nous sommes les vrais modernes.»

Mais le rôle du sale gosse est une composition éprouvante, même à l'intérieur de la grande famille PDC: «Le parti a perdu ses valeurs. Et je vais devoir le quitter. Je ne veux pas finir comme Jean Hus, ce réformateur tchèque brûlé à Constance pour avoir voulu mener une réforme tout en restant à l'intérieur de l'Eglise.»

Et si on dit à Georges Darbellay que «la justice sociale» et «la défense de l'environnement», ces valeurs qu'il voudrait «voir réhabilitées au PDC», s'apparentent à un programme rose-vert, il rétorque en invoquant Jean Paul II: «Le pape est un écologiste. Il l'a prouvé par ses écrits et ses discours. Il s'agit certes d'une écologie spirituelle impliquant l'harmonie, le respect de la nature et la dignité de l'homme. Mais c'est aussi une écologie pratique, qui interdit à l'humanité de courir à la catastrophe.» Un beau discours, mais que le PDC n'entend pas, et entendra bientôt encore moins, lorsque Georges Darbellay aura claqué sa porte.