Prévention

La prévention au défi de la banalisation du VIH

Pour inciter la population à se protéger pendant les rapports sexuels, l’OFSP mise sur l’appât du gain et lance un concours. Dernier signe d’un changement de tonalité dans les campagnes Love Life

En 2016, 542 personnes ont été diagnostiquées séropositives, selon les derniers chiffres disponibles. C’est 542 de trop. Aussi, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) s’est livré à son rituel annuel, présentant lundi à Zurich sa campagne de prévention contre le VIH et les autres maladies sexuellement transmissibles, Love Life. L’OFSP mise sur l’appât du gain. Au cours des prochains mois, il mettra en circulation 400 000 préservatifs. Sur chaque emballage, un numéro permet de gagner l’un des 3500 prix mis au concours – télévisions, appareils photo ou encore un vélo – sponsorisés par des entreprises. Une fois sur le site Lovelife.ch, le participant se verra dirigé vers des recommandations pour une vie sexuelle plus sûre.

Campagnes marquantes

C’est un défi pour les milieux de la santé: comment renouveler le message de prévention contre le VIH? Depuis que la séropositivité ne tue plus, le sida n’a plus l’aura sombre de danger qu’il revêtait autrefois. Les thérapies ont réalisé de grands progrès. Elles permettent aux malades de mener une vie active, faisant du virus une maladie chronique comme une autre. Pour autant, un diagnostic positif reste lourd à porter et nécessite un traitement à vie, dont les coûts se montent en moyenne à près d’un million de francs par patient.

Chaque année, l’OFSP investit 2 millions de francs pour tenter de convaincre la population de se protéger pendant les rapports sexuels. Quitte, parfois, à susciter la polémique, comme en 2014, quand les vidéos et affiches de l’OFSP sous le slogan «Ne regrette rien», considérées comme hypersexualisées, avaient suscité la colère des milieux conservateurs. Trente-cinq enfants et adolescents, représentés par leurs parents, avaient réclamé la suspension de la campagne, puis déposé un recours auprès du Tribunal administratif fédéral, qui avait fini par rejeter la demande en 2016. La nouvelle campagne tente cette fois le registre ludique.

Alexandra Calmy, responsable de l’Unité VIH/sida aux HUG, décèle un changement de paradigme dans la prévention contre l’épidémie. «On va vers davantage d’individualisation dans la prévention des maladies sexuellement transmissibles. Les campagnes s’adressent aussi à un public large, elles incluent toutes les MST et souhaitent toucher l’ensemble de la population.»

Autotest en pharmacie

Au cours des cinq dernières années, les professionnels de la santé ont observé une stagnation des cas d’infection par le VIH. «Nous constatons les effets de l’éducation sexuelle, en particulier auprès des jeunes. Dans les sondages, ces derniers sont 80% à déclarer s’être protégés lors de leur dernier rapport sexuel, contre 50% des plus de 35 ans», souligne Barbara Berger, de la Fondation santé sexuelle. La Suisse est en passe de réaliser les objectifs 90-90-90, posés par OnuSida pour 2020, souligne Alexandra Calmy: 90% des personnes infectées par le VIH devraient connaître leur diagnostic. Parmi elles, 90% devraient suivre une thérapie antirétrovirale. Traitement qui, dans 90% des cas, se révélerait efficace et permettrait ainsi d’éviter de transmettre le virus.

Or, selon les estimations, une personne sur cinq ignore être infectée par le virus. C’est pour réduire ce chiffre qu’une nouvelle mesure a été mise en place récemment: le dépistage individuel, autorisé à la vente en pharmacie depuis le 19 juin. Jusqu’ici, ces tests ne pouvaient être réalisés que dans un environnement médical. En 2013 encore, la Commission fédérale pour la santé sexuelle estimait qu’ils manquaient de fiabilité. Changement de cap cinq ans plus tard. De nouveaux produits correspondant aux normes de qualité européennes sont apparus sur le marché. Surtout, des études ont révélé de bons résultats, avec une hausse du taux de dépistage dans plusieurs pays ayant autorisé la commercialisation de ces autotests.

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