Le canton de Vaud a présenté des comptes 2003 très éloignés des prévisions. Il justifie cet écart par de mauvaises projections. Dans le monde académique, comment explique-t-on cette variation?

Nils Soguel, professeur de finances publiques à l'Institut des hautes études en administration publique, relève les limites des modèles mathématiques. «Les instituts de prévisions conjoncturelles utilisent des modèles économétriques comprenant diverses variables. Ces modèles sont relativement performants dans une phase conjoncturelle croissante ou décroissante. Mais ils ont du mal à anticiper un retournement de tendance.»

La faiblesse de ces modèles a justement des conséquences fâcheuses sur les résultats comptables du canton de Vaud. Comme d'autres, ce dernier se réfère aux instituts de prévisions conjoncturelles. A ce sujet, Nils Soguel émet des critiques. «Plusieurs cantons romands s'en remettent toujours à une croyance selon laquelle une embellie conjoncturelle pourrait résoudre leurs problèmes budgétaires. Or, on remarque que Vaud souffre d'un déficit structurel évident. Même en cas de reprise économique, il ne faut pas s'attendre à ce que l'équilibre des finances soit rétabli. Le passage au système postnumerando rend les prévisions de recettes encore plus imprécises. Par conséquent, les recettes, telles qu'on essaie de les prévoir, ne sont plus une base appropriée pour construire le budget d'un canton.» Dès lors, le professeur privilégie une autre approche: «Plutôt que d'équilibrer le budget en tenant compte des recettes attendues de plus en plus difficiles à prévoir, Vaud devrait construire son budget en tablant sur une croissance raisonnable des dépenses.» Or, cela n'a pas été le cas. Entre les comptes 2002 et le budget 2003, «on constatait une progression des dépenses supérieure à 7%, ce qui signifie qu'elles ne sont pas maîtrisées», relève-t-il. Dans ces conditions, c'est dire si le canton de Vaud se trouve devant une tâche difficile à l'approche de la présentation du prochain budget.