Le Ministère public de la Confédération a levé jeudi une partie du mystère entourant l'arrestation, dès le 12 mai dernier, dans trois cantons - dont Bâle-Ville et Zurich-, de plusieurs activistes islamistes. Pour la première fois, le parquet fédéral a confirmé que les membres de cette cellule avaient «très sérieusement envisagé de commettre dans notre pays un attentat contre un avion de la compagnie israélienne El Al».

Aucun rôle

Le Ministère public a en revanche démenti que Claude Covassi ait joué le moindre rôle dans l'enquête en cours. La désormais célèbre «taupe», qui affirme avoir reçu l'ordre des services de renseignements intérieurs fédéraux d'infiltrer le Centre islamique de Genève, avait également indiqué aux médias avoir prévenu son agent traitant de l'imminence de la menace. Claude Covassi «n'a jamais joué un quelconque rôle, ni fourni d'informations au Ministère public de la Confédération ou à la police judiciaire fédérale dans cette procédure», relève le communiqué du Ministère public.

A ce jour, sept personnes, originaires de pays d'Afrique du Nord, se trouvent en détention préventive. L'enquête se poursuit, en Suisse comme à l'étranger. Selon le Ministère public, les investigations ont montré que les membres de cette cellule commettaient de nombreux vols, principalement dans la région zurichoise mais aussi ailleurs en Suisse. Ces délits servaient à subvenir aux besoins des membres de la cellule, mais permettaient également d'alimenter une organisation terroriste, dont l'identité n'est pas précisée. Les personnes arrêtées en Suisse, explique le Ministère public, avaient des contacts avec des cellules identiques en France et en Espagne, dont les membres ont également été interpellés.

Le mois dernier, Le Temps révélait qu'El Al avait annulé ses vols au départ de Genève à destination de Tel-Aviv durant une semaine, en décembre 2005. La compagnie aérienne avait pris au sérieux des informations transmises par la police suisse, faisant état d'un possible attentat contre l'un de ses appareils. Le Ministère public dément toutefois qu'un lance-roquettes de type «RPG 7» ou «Sam 7» ait été saisi par la police fédérale, comme des médias alémaniques l'ont affirmé. Les enquêteurs n'ont pas non plus mis la main sur des explosifs.

Lacunes révélées

L'un des membres de la cellule, explique le communiqué du parquet, a été en contact avec Mohamad Achraf. Ce ressortissant marocain soupçonné par Madrid de préparer un attentat contre la principale instance judiciaire espagnole n'avait été identifié que difficilement en Suisse, où il était incarcéré pour séjour irrégulier. L'affaire avait révélé des lacunes dans la coordination entre différents services.

Ces informations tombent une semaine seulement après les avertissements lancés par Jean-Luc Vez, le directeur de l'Office fédéral de la police. A l'occasion de la publication du rapport sur la sécurité intérieure pour 2005, le haut fonctionnaire avait ainsi déclaré au Temps: «Nous n'avons pas pu jusqu'ici prouver pleinement la préparation d'actes terroristes, mais la situation peut évoluer très rapidement à cet égard.» Jean-Luc Vez expliquait notamment qu'une réévaluation de la menace en Suisse, jugée jusqu'ici très hypothétique, se justifiait en raison des changements intervenus dans la structure des groupes terroristes, désormais très peu hiérarchisés et agissant de manière moins prévisible.

Dans un autre ordre d'idées, ces annonces paraissent tomber plutôt bien pour le Ministère public et son chef, Valentin Roschacher, qui traverse une phase particulièrement difficile. Il va devoir faire face à des investigations décidées par Christoph Blocher et Emanuel Hochstrasser, le président de la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral. Les deux hommes entendent clarifier les soupçons - relayés par la Weltwoche - entourant le rôle qu'aurait joué en Suisse un trafiquant colombien repenti dans l'enquête contre le banquier Oskar Holenweger, poursuivi pour blanchiment d'argent.