Retraites

Prévoyance 2020, la réforme de la carotte et du bâton

Alain Berset a lancé ce mardi à Berne la campagne pour la votation du 24 septembre 2017. Il est temps pour chacun de sortir sa calculette

Mardi, les médias présents à la conférence de presse du conseiller fédéral Alain Berset ont reçu un communiqué de deux pages et un seul graphique: celui montrant l’inéluctable courbe descendante du fonds AVS selon des projections jusqu’en 2035. La complexe réforme de la prévoyance vieillesse 2020 est la réponse à cette sombre perspective. Elle est soumise au peuple le 24 septembre 2017 et vise à stabiliser la situation, à éviter une dégradation se chiffrant en milliards de francs suisses et à garantir l’avenir des rentes. Pour un certain temps en tout cas.

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Les raisons d’une réforme

Augmentation de l’espérance de vie, arrivée à l’âge de la retraite de la génération des baby-boomers, faiblesse des rendements sur les marchés financiers rendent indispensable une réforme de la prévoyance vieillesse. Sur ce point, tout le monde est d’accord. Après plusieurs échecs et des blocages qui ont duré vingt ans, Alain Berset a fait un pari en reprenant ce dossier peu après son élection au Conseil fédéral: proposer une réforme globale des 1er et 2e piliers (AVS et LPP), ceci afin de présenter un paquet équilibré susceptible d’être accepté par une majorité de la population et des cantons.

A plusieurs reprises mardi, le conseiller fédéral a insisté sur le fait que cette réforme était le résultat d’un compromis. «Chaque acteur a donné quelque chose et reçu quelque chose», a-t-il dit. Un message adressé directement aux opposants.

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Retraite des femmes à 65 ans

Les femmes travailleront une année de plus, soit jusqu’à 65 ans, comme les hommes. L’augmentation de leur âge de départ à la retraite sera progressive, soit trois mois de plus par année à partir de 2018, jusqu’en 2021. Toutes les femmes nées en 1954 et après sont ainsi concernées. Cette mesure générera des économies de 1,3 milliard de francs en 2030. Elle fait grincer des dents, car l’égalité est loin d’être acquise sur le plan salarial.

Mais comme l’a rappelé Alain Berset, certains voulaient aller plus loin encore. Concrètement: PLR et UDC ont proposé, en vain, d’introduire un mécanisme visant à augmenter automatiquement l’âge de la retraite pour tous jusqu’à 67 ans en cas de sous-financement des rentes.

Baisse du taux de conversion

Dans le 2e pilier, le taux de conversion passera progressivement de 6,8 à 6%. Ce taux permet de calculer le montant de la rente LPP sur la base du capital accumulé. Cette baisse est nécessaire pour éviter de mettre les caisses de pension en péril. Sans compensation, elle induirait une baisse de 12% des rentes. Raison pour laquelle la réforme de la prévoyance vieillesse 2020 prévoit plusieurs mesures compensatoires afin de garantir le niveau des prestations.

Bonus sur les rentes AVS

Aujourd’hui, la rente AVS minimale mensuelle pour une personne seule s’élève à 1175 francs et la rente maximale à 2350 francs. Pour les couples, la rente maximale (150%) est de 3525 francs. La réforme introduit un bonus mensuel de 70 francs pour les nouveaux retraités. Les futures rentes se situeront dès lors entre 1245 et 2420 francs par mois. Soit 840 francs supplémentaires par an. Nette amélioration également pour les couples mariés, dont le plafond des rentes sera rehaussé à 155% au lieu de 150%. La rente maximale passe ainsi à 3751 francs suisses. Gain: jusqu’à 2712 francs par an. Ce bonus visant à compenser en partie la baisse du taux de conversion, il n’est accordé qu’aux nouveaux rentiers.

Augmentation de 0,6% de la TVA

Cette hausse sera indolore dans un premier temps. Dès 2018 en effet, 0,3% de la TVA dévolu actuellement à l’assainissement de l’assurance invalidité sera tout simplement transféré à l’AVS. Ce n’est qu’en 2021 que la TVA sera véritablement augmentée, de 0,3%, et passera donc à 8,3%.

Hausse des cotisations

Employés et employeurs cotiseront davantage, autant pour l’AVS que pour la LPP. Pour l’AVS, la cotisation salariale passera de 8,4 à 8,7%, soit une hausse de 0,3%, partagée à parts égales entre salariés et employeurs, qui rapportera 1,3 milliard de francs par an au fonds AVS. Le bonus de 70 francs sur les nouvelles rentes est ainsi financé. Et même surfinancé dans un premier temps, a admis Alain Berset, étant donné que seul les nouveaux rentiers en bénéficieront. Le nombre de concernés augmentera progressivement au fil des années.

Quant à la LPP, plusieurs modèles ont été calculés et recalculés. Ne voulant pas entendre parler de ce «su-sucre» de 70 francs, les Verts libéraux, le PLR et l’UDC ont retourné la question dans tous les sens avant de s’avouer vaincus au Parlement. Au final, les cotisations à la LPP seront également revues à la hausse, mais de manière plus modérée que ne le voulait la droite. En clair: le capital soumis à cotisation sera élargi. Le seuil à partir duquel un prélèvement est appliqué sera abaissé, mesure qui profitera aux travailleurs à temps partiel, qui ont plusieurs emplois ou gagnent peu. Le pourcentage de cotisation selon l’âge de l’employé est également revu à la hausse. Il restera à 7% pour les 25-34 ans et à 18% pour les 55 à 65 ans. Mais il passera de 10 à 11% pour les 35-44 ans et de 15 à 16% pour les 45-54 ans. De quoi améliorer l’employabilité des seniors sur le marché du travail. A noter que les droits acquis sont garantis pour les assurés de plus de 45 ans.

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Flexibilité

L’âge de la retraite à 65 ans? Il s’agit d’un âge de référence. Car la réforme renforce la tendance d’une retraite «à la carte», entre 62 et 70 ans, avec des avantages financiers pour ceux qui travaillent plus longtemps, des ponctions plus ou moins importantes pour ceux qui privilégient la préretraite complète ou partielle, et des aides pour permettre une retraite anticipée aux bas salaires.

Actuellement, près de 40% des personnes cessent de travailler avant l’âge légal de la retraite, près d’un tiers poursuit une activité lucrative. Mardi, Alain Berset n’a pas voulu parler d’un prochain pas impliquant la retraite à 67 ans. Mais il n’a pas caché que dans un monde idéal, il faudrait pouvoir repousser l’âge des départs à la retraite sans avoir à modifier l’âge de référence.


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