Près de 31 000 membres du Parti socialiste avaient jusqu’à la fin de la semaine pour se prononcer sur la réforme Prévoyance vieillesse 2020. Le résultat sera annoncé dimanche après-midi par la présidence. Mais le conseiller fédéral Alain Berset peut dormir sur ses deux oreilles: c’est un «oui» qui devrait ressortir de ce vote général. Le suspens réside dans le pourcentage exact.

Car le groupe parlementaire, la présidence et le comité directeur du PS soutiennent le projet. Le 1er avril à Castione, au Tessin, l’assemblée des délégués a également dit oui par 140 voix contre 9 et 17 abstentions. Enfin, les Femmes socialistes se sont aussi prononcées favorablement, malgré l’augmentation d’une année de l’âge de la retraite pour les femmes.

Vendredi après-midi, le secrétariat du PS annonçait que 11 511 votants s’étaient déjà exprimés, soit un taux de participation de 36,55%. L’objectif est d’atteindre les 50%. Pour dimanche, le dispositif, comprenant une vingtaine de scrutateurs, a été prévu en conséquence.

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«Un bel exercice»

Gaël Bourgeois, porte-parole adjoint du PS, parle d’un succès. Il s’agit du troisième vote général organisé par le Parti socialiste. En 1919-1921, la question était d’adhérer ou non à l’internationale communiste. En 1995, l’AVS s’est déjà retrouvé au cœur du débat, avec la 10e révision portant l’âge de la retraite des femmes à 64 ans. «Ce nouveau vote général a incité les sections à organiser des débats ouverts. C’est un bel exercice démocratique», déclare Gaël Bourgeois.

Le conseiller national valaisan Mathias Reynard estime même qu’il faudrait répéter l’exercice plus régulièrement, à l’échelon national mais aussi cantonal. «J’ai reçu quantité de messages sur le sujet, en provenance de membres du PS qui, sinon, ne se seraient pas exprimés. Ils se sentent bien plus concernés que si on s’était contenté du mot d’ordre des délégués», explique-t-il. Dans le canton de Vaud, Romain Pilloud, porte-parole de la Jeunesse socialiste, salue également la démarche. «Une partie de la base est remontée contre ce projet. Ce vote général a obligé nos représentants à Berne à s’expliquer», dit-il.

«Sacrifice inacceptable»

Aux Chambres fédérales, la gauche, loin d’adopter une position défensive, a en effet contribué à l’élaboration d’un compromis avec le PDC. Certes, il lui a fallu admettre l’augmentation d’une année de l’âge de la retraite des femmes. Mais en échange, elle a obtenu une augmentation de 70 francs par mois de toutes les nouvelles rentes AVS. La bataille a été rude avant que le Parlement ne finisse par s’incliner devant ce paquet. Au grand dam du PLR et de l’UDC.

Avec quelques bémols. Le quotidien La Liberté a repéré que le matériel de vote du PS était orienté en faveur de la réforme, surtout au niveau des exemples chiffrés choisis. Le secrétariat parle d’une «maladresse» qui a été corrigée sur le site internet. La députée Martine Docourt, cheffe du groupe socialiste au Grand Conseil neuchâtelois, estime néanmoins que les opposants à la réforme, dont elle fait partie, n’ont pas eu beaucoup de place pour faire valoir leur opinion. Elle-même a pu expliquer les raisons de sa position dans la brochure en question ainsi que dans le dernier numéro du journal Socialistes. Elle qualifie la réforme de «sacrifice inacceptable». Outre l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes, elle déplore l’augmentation de la TVA pour financer l’AVS et la baisse du taux de conversion du 2e pilier.

La section genevoise soutient le référendum

«Je ne parlerais pas de pression, mais je regrette le peu d’espace qu’on nous laisse. Et aussi le peu de temps que nous avons eu pour consolider nos positions», dit-elle. En effet, le Parlement votait la réforme le 17 mars, soit deux semaines avant l’assemblée des délégués du PS et le lancement du vote général.

Martine Docourt indique qu’elle se prononce en son nom personnel. «Le PS neuchâtelois n’a pas pris position. Il a juste organisé un débat mercredi soir», précise-t-elle. Pareil dans le canton de Vaud où les élections cantonales occupent les esprits. A Genève par contre, la section cantonale a décidé de soutenir le référendum contre la réforme, confirmant ainsi que la fronde trouve son origine surtout en Suisse romande.

Enjeu majeur pour le PS

En face, tout l’appareil du parti est mobilisé pour marginaliser l’opposition. Sur les réseaux sociaux, plusieurs élus se mettent en scène avec leur enveloppe de vote. «Beau dehors: je vais poster mon enveloppe de #votegeneral du @PSSuisse sur #pv2020. Réponse: oui bien sûr», écrit par exemple la conseillère aux Etats genevoise Liliane Maury-Pasquier.

Après le succès de son référendum contre la réforme de la fiscalité des entreprises (RIE3), le PS engage toutes ses forces dans l’acceptation de la réforme de la Prévoyance vieillesse, considérée comme l’enjeu majeur de la législature. Ce qui conforterait sa position de partenaire incontournable d’un gouvernement et d’un parlement à majorité de droite. Reste à convaincre sa base qu’il s’agit du «moins mauvais compromis possible» et qu’un refus serait la pire des solutions. Dimanche, le résultat qui sortira de l’urne socialiste sera un important indicateur pour la suite de la campagne, avant la votation populaire du 24 septembre.

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