Débat

Primauté du droit suisse? Les jeunes disent «non»

Comment se positionnent les jeunes vis-à-vis de l’initiative sur l’autodétermination? En partenariat avec Easyvote, «Le Temps» a animé mercredi une joute verbale entre quatre politiciens de la nouvelle génération, devant une soixantaine d’élèves

Mercredi après-midi, une soixantaine d’élèves se sont prononcés sur l’initiative de l’UDC pour l’autodétermination. Verdict clair: avec 45 non, 16 oui et 3 abstentions, les jeunes ne veulent pas faire primer le droit suisse sur le droit international comme le demande le texte soumis au peuple le 25 novembre. Ce vote fictif a eu lieu dans le cadre d’un débat contradictoire sur ce texte, organisé par Easyvote, en partenariat avec «Le Temps», qui a animé la discussion dans la salle du parlement vaudois.

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Dans le camp des opposants, la conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE) et le président des jeunes PLR vaudois Antoine Müller; dans celui des partisans, la vice-présidente des jeunes UDC Vaud Emmylou Maillard et le conseiller national Michaël Buffat (UDC/VD). Les quatre politiciens ont d’abord présenté leurs arguments respectifs: respect de la volonté du peuple et de la démocratie directe pour l’UDC, remise en cause périlleuse d’accords internationaux et des droits de l’homme pour les autres. Le débat n’a par ailleurs pas manqué de bifurquer sur l’initiative «Contre l’immigration de masse» et l’accord sur la libre circulation des personnes.

Qu’en pense l’Europe?

Au terme d’une discussion animée, le public de gymnasiens et d’apprentis a été invité à poser des questions sur le sujet. «La primauté du droit indigène est-elle également débattue ailleurs en Europe?» a voulu savoir un adulte qui accompagnait l’une des classes. «Pas à ma connaissance, a répondu Antoine Müller. Nos pays voisins ne disposent pas d’outils démocratiques aussi souples. Ils ne peuvent pas, comme nous, modifier la Constitution tous les trimestres.» Une souplesse qui permet d’ailleurs déjà à la Suisse de dénoncer des accords internationaux si elle les estime non conformes à la Constitution, par exemple par voie de référendum, a souligné le jeune PLR.

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Les participants étaient visiblement intéressés par l’avis de l’Europe sur le texte UDC: «Comment le lancement de cette initiative a-t-il été vu par les autres pays européens?» Une interrogation qui a divisé Lisa Mazzone et Emmylou Maillard: «Il y a eu des retours positifs de nos voisins. Le fait que la Suisse veuille donner la priorité à son droit et ait un peuple souverain est bien perçu», a répondu la jeune UDC. Contredite par l’écologiste, qui ajoute: «Souvent, l’Europe ne se rend compte de l’enjeu de nos votations qu’une fois les résultats tombés.»

Impact incertain

En parlant d’enjeux, quelles seront les conséquences d’un «oui» dans les urnes? s’est enquis un jeune homme. Comme en ont témoigné les réponses des politiciens, difficile à dire. Un retrait de la Suisse de la Convention européenne des droits de l’homme, voire du Conseil de l’Europe? «La Suisse ne va pas dénoncer la Convention du jour au lendemain, mais si elle décide systématiquement de ne plus s’y soustraire, tôt ou tard cela va mener à son retrait ou son expulsion», estime Lisa Mazzone.

Intervention de l’UDC Michaël Buffat: «La Confédération n’a été condamnée qu’un nombre infime de fois. L’initiative doit intervenir lors de conflits entre le droit suisse et le droit international.» La notion de conflit est vague, critiquent ses adversaires. Le mot de la fin est revenu à Antoine Müller, qui a résumé le rôle de la CEDH: celle-ci «apporte une garantie supplémentaire au citoyen».

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