En 2007, les assurés du Groupe Mutuel subiront, s'ils restent fidèles à leur caisse, une hausse moyenne de prime de 2,5%. Inférieure donc à la hausse des coûts, estimée à 4% à 5%. En clair, les caisses membres du groupe vont abaisser leur niveau de réserves pour être plus attractives. De quoi, estime Pierre-Marcel Revaz, le patron du groupe, «stimuler nos concurrents».

Le Temps: Vous faites un cadeau à vos assurés pour 2007. Cela a-t-il quelque chose à voir avec la discussion qui s'amorce sur la caisse unique?

Pierre-Marcel Revaz: Pas du tout. Nous voulons faire participer nos assurés à nos résultats. Ceux-ci sont bons, nous terminons l'année 2005 avec un excédent de 18 millions pour le secteur de l'assurance de base, c'est un quasi-équilibre. Par ailleurs, nos primes pour 2006 avaient été fixées à un niveau qui s'est avéré légèrement supérieur à la hausse des coûts. Enfin, nous suivons la ligne fixée par Pascal Couchepin qui incite les caisses à réduire progressivement leurs réserves, suivant leur taille, à 10% ou 15% de leur chiffre d'affaires.

- Il s'agit d'une hausse moyenne. Quelle sera la situation des assurés vaudois et genevois, qui ont parfois le sentiment d'être les plus mal lotis en la matière?

- Je pense qu'ils seront dans la moyenne. Même si Genève continue de connaître les hausses de coûts les plus élevées de Suisse.

- Ce qui signifie que vous allez dissoudre proportionnellement plus de réserves dans ces cantons, où elles sont en général supérieures à la moyenne. Là encore, vous suivez les directives de Pascal Couchepin...

- Je trouve parfaitement légitime de viser, à terme, un niveau de réserves identique dans tous les cantons. Les subventionnements croisés n'ont pas lieu d'être. Certains de mes concurrents les soutiennent, pas moi.

- Parlons-en, justement, de vos concurrents. Vous êtes plutôt agressif avec eux, non?

- Oui et je trouve que c'est sain. Une bonne concurrence entre caisses est la meilleure garantie que les assurés obtiennent des services de qualité au meilleur prix.

- Ne craignez-vous pas que ces tensions entre caisses fassent le lit de l'initiative pour une caisse unique?

- C'est trop d'entente qui serait suspect! L'initiative pour une caisse unique ne me fait pas peur. Elle sera l'occasion pour nous de mieux expliquer notre système, qui est l'un des meilleurs d'Europe. Et les Suisses ne sont pas stupides: ils ne voteront pas pour un texte qui, en éliminant toute incitation à faire des économies, ferait exploser les coûts de l'assurance de base.

- De 2004 à 2005, vous avez pratiqué une hausse de 1,5%. En 2006 en revanche, on approchait de 6%. Après le cadeau de 2007, faut-il s'attendre à nouveau à une hausse importante en 2008?

- Pour les années 2008 et 2009, je pense que nous serons en mesure de continuer à pratiquer une augmentation inférieure à celle des coûts grâce à une réduction progressive de nos réserves. Ensuite, eh bien, cela dépendra de la volonté politique: si on nous donne les moyens de freiner la croissance des coûts, nous le ferons. Sinon, il faudra bien la subir.

- Les moyens de freiner la hausse, pour vous, c'est essentiellement la liberté de contracter?

- Oui. Et je continue à espérer qu'on y arrive. Les bons fournisseurs de prestations y ont intérêt. Pour le moment, ils n'ont pas d'avantage sur leurs concurrents les moins performants.

- Que pensez-vous de la proposition de l'UDC de réduire drastiquement la liste des prestations?

- Elle a le mérite de poser une bonne question: quelle part des frais de la santé voulons- nous mutualiser et quelle part doit-elle être laissée à la responsabilité individuelle? Mais, à ce stade, je crois qu'elle n'a que peu de chances: les Suisses veulent une couverture aussi large que possible.

- Mais les Suisses pourront-ils se la payer encore longtemps?

- La santé est un bien précieux et on devrait se réjouir de vivre dans un pays qui est prêt à y affecter les fonds nécessaires. Dans l'état actuel des choses, il y a sans doute dans notre système de santé une marge de gain d'efficacité possible de 10% à 20%. Mais, au-delà, la hausse est inévitable. La question qu'on doit se poser, c'est comment répartir la charge pour que cette hausse soit supportable. Et, pour moi, la réponse est claire: il faut revoir la solidarité entre générations. Aujourd'hui, les jeunes paient beaucoup trop. C'est d'autant moins admissible qu'ils sont en moyenne moins favorisés économiquement que leurs aînés.

- Il y a encore une manière de faire pression sur les coûts: aller acheter des services à l'étranger, où ils sont nettement moins chers. Qu'en pensez-vous?

- C'est une solution qui ne sera jamais généralisable. Je préfère développer des rapports de confiance avec les prestataires nationaux. Cela dit, si tout le monde s'y met, nous serons obligés de nous y mettre aussi. Mais nous ne jouerons pas un rôle de pionnier.