La bonne nouvelle tout d’abord: malgré toutes les craintes nées des images terribles provenant de la Lombardie voisine à la mi-février dernier, le système de santé suisse a remarquablement tenu le choc tout au long de la pandémie de Covid-19, dont la première vague est passée. Jamais les hôpitaux n’ont été débordés, jamais ils n’ont dû effectuer de choix indigne entre les patients.

S’ils ont pu fort heureusement éviter le scénario catastrophe en matière de santé publique, ces mêmes hôpitaux, publics comme privés, sont confrontés à de dramatiques déficits. D’une part, ils ont dû se réorganiser de fond en comble pour créer une filière Covid-19 séparée de celle accueillant les autres patients. Et d’autre part, ils ont été contraints par le Conseil fédéral d’abandonner dans l’urgence toutes leurs opérations électives. Même s’il est encore trop tôt pour articuler des chiffres, le manque à gagner s'élèvera assurément à plusieurs centaines de millions de francs à la fin de cette année.

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Dans cette situation, tous les regards se tournent vers les caisses maladie, qui se sont faites très discrètes ces derniers mois. Certaines d’entre elles ont promis des primes stables pour 2021. C’est la moindre des choses! A vrai dire, c’est même une baisse des primes qu’il faut exiger d’elles.

Cette revendication n’a rien de populiste. Elle se base sur des faits que de nombreux spécialistes jugent réalistes. D’abord, les assurances maladie auront en 2020 moins de dépenses à rembourser en raison de la forte chute d’activité des hôpitaux et des cabinets médicaux durant tout un trimestre, cela malgré un effet de rattrapage dès cet été.

Ensuite, les caisses disposent d’un autre coussin amortisseur. Elles sont assises sur des réserves qui se chiffrent à plus de 9 milliards de francs, soit largement supérieures au seuil minimal requis, soit 4,7 milliards.

Cette pandémie a mis en exergue une formidable vague de solidarité en Suisse. Aux assureurs désormais de s’y associer plutôt que de se retrancher derrière une loi qui effectivement ne les oblige pas à couvrir des prestations qui n’ont pas eu lieu. Ils n’ont rien à gagner en se lançant dans un bras de fer avec des cantons qui devront se porter à la rescousse de leurs hôpitaux. En termes d’image, ils ont même tout à perdre.