Coûts de la santé

Primes maladie: les politiques impuissants, les assurés résignés

En début d'après-midi, l'administration fédérale dévoilera le montant exact des hausses de primes. Face à la spirale des coûts de la santé, le PDC, le PS et certains cantons dont Genève et Vaud bougent. En partant dans des directions très diverses

«C’est une bombe sociale», lâche Erich Ettlin, conseiller aux Etats (PDC/OW). Les coûts de la santé continuent à grimper et personne ne voit la courbe s’inverser. Sous la coupole fédérale, les politiciens ne cachent plus leur inquiétude. Mais année après année, ils doivent avouer l’échec de leurs efforts sur ce plan. Quant aux assurés, ils ont déjà sombré dans le fatalisme.

Expert en matière de santé chez Comparis.ch, Felix Schneuwly résume la situation: «Ces deux dernières décennies, les coûts de la santé ont augmenté d’environ 4% par an, quelles que soient les réformes faites.» Un constat en forme de faillite pour le monde politique. Dès lors, les gens n’attendent plus rien de lui.

L'autre partie de notre dossier: Primes maladie: les raisons d’une hausse vertigineuse

Tous schizophrènes

D’un sondage réalisé par le comparateur de primes zurichois, il ressort que 92% des gens sont convaincus que les hausses de primes seront à nouveau fortes en 2018. A la décharge des politiques, les personnes interrogées reconnaissent tout de même qu’elles portent aussi une part de responsabilité. A l’heure de désigner les responsables de la hausse des coûts, elles citent d’abord la «bobologie», à savoir cette fâcheuse tendance à se rendre aux urgences pour un cas bagatelle. «Les gens sont schizophrènes. Lorsque eux-mêmes sont malades, la santé n’a pas de prix. En revanche, ils estiment qu’on pourrait économiser chez les autres, soupçonnés d’être des malades imaginaires», relève Felix Schneuwly.

Une tribune: Le système de santé est une usine à gaz

Sous la coupole fédérale à Berne, les élus ont désormais tous pris conscience de l’acuité du problème. Mais les partis proposent des réponses qui partent dans des directions si différentes qu’on peut douter de leur efficacité. Pour l’instant, le PDC est le seul parti à s’attaquer frontalement au fond du problème. Il envisage de lancer une initiative populaire si les motions qu’il a déposées sont rejetées par les Chambres. Au Conseil des Etats et au Conseil national, Erich Ettlin et Christian Lohr (PDC/TG) ont proposé d’introduire un frein aux dépenses: dès lors que les coûts par personne à la charge de l’assurance de base augmentent plus fortement que les salaires multipliés par un facteur de 1,1, le Conseil fédéral doit prendre des mesures contraignantes.

Des primes insupportables

«Actuellement, les primes augmentent beaucoup plus vite que les salaires. Le différentiel atteint environ 3% par an, soit 30% sur dix ans. A terme, cette situation deviendra insupportable pour la classe moyenne», déclare Erich Ettlin. Selon lui, plusieurs études montrent qu’il est possible d’économiser environ 20% des coûts de la santé. D’abord en généralisant les opérations possibles en ambulatoire plutôt qu’en stationnaire à l’hôpital. Ensuite en profitant de l’amélioration des technologies, qui ne sont pas qu’un facteur de coût. Enfin en abaissant le prix des médicaments, surtout celui des génériques.

Les deux démocrates-chrétiens veulent exercer une pression politique sur le Conseil fédéral, mais aussi sur l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). «Cet office ne prend pas son rôle de contrôleur des coûts suffisamment au sérieux. Il se complaît trop dans un rôle de figurant du système de la santé», regrette Christian Lohr.

Une démarche qui réveille les consciences

La démarche du PDC est intéressante pour réveiller les consciences, mais elle ne dit pas encore où réduire les dépenses. Dans l’immédiat, le Conseil fédéral attend le rapport d’un groupe d’experts, promis pour le mois d’octobre. De son côté, Alain Berset, chef du Département de l’intérieur, a pris des mesures pour faire baisser la facture de 470 millions en adaptant les tarifs du TarMed, mais personne ne peut assurer que ces économies deviendront effectives. «Nous sommes enclins au scepticisme», relève Ruedi Bodenmann, le CEO d’Assura. En 2015, lorsque Alain Berset avait revalorisé pour 200 millions le travail des médecins généralistes en diminuant parallèlement le tarif des spécialistes, ceux-ci avaient compensé en facturant davantage de prestations «en l’absence du patient». De sorte que l’opération, qui aurait dû être neutre financièrement, ne l’a pas du tout été.

En août dernier: TarMed: Alain Berset revoit son projet à la baisse

Le PS songe lui aussi à lancer une initiative l’an prochain. Il veut limiter la charge des primes de l’assurance obligatoire à 10% du revenu disponible des assurés. Il s’agit là d’une mesure sociale, ne s’attaquant pas directement aux coûts de la santé. «Dans certains ménages, les primes dévorent jusqu’à 20% du budget, alors que le Conseil fédéral avait promis que les primes ne dépasseraient pas 8% en déclarant l’assurance de base obligatoire», rappelle Marina Carobbio Guscetti (PS/TI).

Vaud et Genève bougent

Face au constat d’impuissance de la politique au niveau national, certains cantons veulent reprendre leur destin en main, notamment Vaud et Genève. Ce vendredi 29 septembre, les conseillers d’Etat Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia dévoileront le texte de leur initiative intitulée: «Assurance maladie: pour une liberté d’organisation des cantons».

Par la création d’une caisse de compensation cantonale, qui fixerait une prime par franchise pour tous les assurés, les initiants veulent assurer un fonctionnement plus transparent du système et permettre aux caisses de devenir plus efficaces dans la gestion de leurs frais administratifs. Ils souhaitent aussi cantonaliser les réserves, de manière à éviter le scandale survenu entre 1996 et 2013, lorsque neuf cantons – les Romands surtout – ont payé plus de primes qu’ils n’ont généré de coûts. «Notre initiative va nous permettre également d’exercer une pression sur les Chambres fédérales, qui tendent à renforcer le pouvoir des assureurs au détriment de celui des cantons», relève Mauro Poggia.

Inutile de dire que cette initiative sera farouchement combattue par les caisses. C’est tout le drame: sur le marché de la santé, les divers acteurs se neutralisent. Et comme ils s’arc-boutent tous sur la défense de leurs intérêts propres, les coûts ne peuvent que continuer à grimper.

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