Au départ, il y a un canton qui a fait tout faux: Lucerne. Dès 2011, il s’est lancé dans la course à la concurrence fiscale, en abaissant trop vite et trop fortement la fiscalité des entreprises, notamment. La stratégie n’a pas fonctionné. Comme les nouvelles sociétés ne sont pas venues, le Conseil d’Etat a dû ficeler en catastrophe des plans d’austérité. Il a notamment coupé dans les subsides destinés aux assurés les plus modestes de l’assurance maladie, et cela même de manière rétroactive!

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En janvier dernier, le Tribunal fédéral l’a rappelé à l’ordre: il a estimé que Lucerne avait «violé le sens et l’esprit» de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) en se montrant trop restrictif dans l’octroi des réductions de primes. Ce faisant, les juges de Mon-Repos ont voulu protéger toute la classe moyenne, et pas seulement sa «fourchette inférieure».

Cet arrêt a constitué une bombe pour plusieurs cantons suisses, et accessoirement un tremplin idéal pour le Parti socialiste, qui lancera la semaine prochaine son initiative pour plafonner la charge des primes de l’assurance obligatoire à 10% du revenu disponible des ménages. Quelques jours plus tard, le PS a appelé huit cantons qui avaient réduit le nombre de bénéficiaires de subventions à se montrer plus généreux. Parmi eux, le Valais et Neuchâtel ont déjà corrigé le tir.

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Pour les assurés concernés, c’est assurément une bonne nouvelle. L’Etat, qu’il soit fédéral ou cantonal, ne peut pas se soustraire aux responsabilités que lui assigne la LAMal à son article 65. Mais est-ce aussi une bonne nouvelle pour la politique de la santé dans son ensemble? Il est permis d’en douter.

En 2017, la Confédération et les cantons ont versé 4,5 milliards pour réduire les primes, un montant qui ne cesse d’augmenter, contrairement au nombre de bénéficiaires. Que le Tribunal fédéral veuille protéger toute la classe moyenne est louable. Mais jusqu’où est-il raisonnable d’aller? Ce système de l’arrosoir par l’Etat aura forcément des limites.

Le débat sur l’initiative du PS les montrera. Celle-ci aboutirait à un report de charges de l’assuré vers le contribuable. Si elle a le mérite de soulager le budget des ménages, elle envoie aussi un mauvais signal, car elle ne contribue en rien à résoudre le vrai problème, celui des coûts de la santé qui menacent à terme d’exploser. Or, il faudra bien l’empoigner à la racine si on ne veut pas aboutir à un rationnement des soins, ce que personne ne souhaite.