Assurance

Primes maladie: Vaud et Genève soulagés mais critiques

Avec 1,4% et 1,8% d'augmentation, les deux cantons lémaniques échappent au coup d'assommoir habituel. Alignés, leurs deux conseillers d'Etat chargés de la Santé estiment que la baisse aurait pu être plus importante

Ce n’est pas une gifle, juste une chiquenaude. Pour les cantons de Genève et de Vaud, habitués aux coups d’assommoir, la hausse annoncée lundi représente une rémission passagère. Au bout du lac, les primes d’assurance maladie augmentent de 1,4% en moyenne. Dans le canton de Vaud, la hausse est de 1,8%. Moins que d’habitude, mais davantage que la moyenne suisse, à 1,2%.

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«On ne s’en sort pas si mal et certaines familles pourraient voir leur facture globale baisser», note le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia. Son homonyme vaudois Pierre-Yves Maillard parle, lui, de «relatif soulagement, compte tenu du choc de l’année passée».

Des accumulations sans retour

Et ce sera tout pour les commentaires positifs des deux ministres, qui ne se paient pas de mots sur un dossier dont ils ont fait leur cheval de bataille. Selon eux, la facture aurait dû être moins élevée encore: «Mais le système permet d’accumuler des réserves, sans obligation de rendre des comptes, avance Mauro Poggia. Par conséquent, les assureurs restent assis sur leur magot, au lieu de créditer les assurés de ce qu’ils ont payé en trop.»

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Une manière de procéder d’autant plus injuste, selon lui, que Genève prévoit cette année une augmentation des coûts de 0,2% seulement, et de 1,7% l’année prochaine. Selon Mauro Poggia, les assureurs détiennent 3,8 milliards de francs de réserves de plus que le minimum légal, qu’ils ne sont pas obligés de rembourser.

il y avait là une occasion, pour les autorités fédérales, de montrer qui commande

Pierre-Yves maillard

Pour Pierre-Yves Maillard, en rendre pour un milliard de francs ne changerait pas structurellement le système, mais permettrait un répit bienvenu. Une vue de l’esprit: «Le Conseil fédéral a eu le courage, cette année, d’agir sur les coûts en révisant certains tarifs Tarmed [pour une épargne d’environ 470 millions de francs]. Mais tous les assureurs n’ont pas joué le jeu de rétrocéder ces excédents accumulés en révisant leurs propositions de primes pour 2018 à la baisse. C’était le cas des assureurs regroupés dans Santésuisse, particulièrement présents en Suisse romande. Et Berne a basté. C’est regrettable, car il y avait là une occasion, pour les autorités fédérales, de montrer qui commande.»

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C’était sans compter la complaisance de l’Office fédéral de la santé publique, selon le ministre vaudois, qui prévient qu’il ne sert à rien d’espérer des remises aux assurés l’année prochaine: «Santésuisse auscultera les comptes dans le courant de 2019, pour voir s’il y a lieu de rétrocéder de l’argent. Or il y a un risque que les coûts reprennent une croissance de 3 ou 4%. Ils voudront alors préserver leurs réserves, et l’excédent actuel risque fort d’être englouti dans les réserves légales.»

Une vision irréaliste

A Genève, Mauro Poggia enfonce un autre clou: la régulation de l’offre de nouveaux cabinets, voulue par les cantons et le Conseil fédéral mais refusée jusqu’ici au parlement: «Tout ce que nous avons obtenu, c’est la prolongation du moratoire pour deux ans. C’est insuffisant. Tant qu’on n’aura pas fermé cette vanne, le supermarché de la santé restera ouvert.»

Un credo repris par Pierre-Yves Maillard: «La vision idéologique qui consiste à croire que les coûts baisseront en laissant grandir l’offre est absurde. C’est pourtant ce que le parlement fédéral nous force à faire, en nous poussant à subventionner les cliniques privées et en laissant s’installer les médecins européens.»

Pour les deux pourfendeurs du système de santé, il y a tout lieu de craindre que cette hausse modérée soit suivie de sévères corrections. A moins d’une réforme de fond.

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