Les choses bougent sur le front de l'intégration européenne. A l'unisson du printemps, c'est un bourgeonnement, encore timide, de prises de positions, de regroupements des forces et d'interrogations au sein de l'opinion publique. Ce dernier week-end a ainsi été riche en manifestations.

La plus importante aura été, à Berne, la fusion de quatre mouvements proeuropéens. A Aarau, en prélude au congrès du Parti samedi prochain à Bâle, ce sont les femmes démocrates-chrétiennes qui s'exprimaient en faveur de l'adhésion à l'Union européenne. A Zurich, le parti socialiste organisait une soirée européenne. Enfin, les sondages laissent percevoir l'émergence d'un mouvement d'agacement et d'irritation devant l'enlisement des négociations bilatérales.

Le NOMES (Nouveau Mouvement européen suisse) regroupera désormais les forces vives militant pour l'adhésion à l'UE. Samedi à Berne, le Mouvement européen suisse, le Mouvement «Né le 7 décembre 1992», la Jeunesse européenne fédéraliste et l'Aktion Europa Dialog ont formellement entériné leur fusion. Comparé à l'ASIN de Christoph Blocher, le mouvement proeuropéen demeure modeste en effectifs et en moyens. Il a néanmoins pour mérite de constituer, à partir d'un éparpillement de divers mouvements, un pôle plus solide. Présidé par le conseiller national radical bernois Marc Sutter, l'un des rares parlementaires à s'engager à fond pour la cause européenne, le NOMES compte quelque 4000 membres et dispose pour cette année d'un budget de 450 000 francs.

Certes, il y a encore quelque chose d'artisanal dans les activités des mouvements proeuropéens. On l'a vu samedi à Berne, où le Mouvement européen suisse a tenu à honorer Jean-Pascal Delamuraz en le nommant à la présidence d'honneur. Le Vaudois avait présidé le mouvement entre 1981 et 1983, au moment de son élection au Conseil fédéral. La cérémonie, comme le lâcher des ballons qui lui succéda, était organisée sur le mode du bricolage plus ou moins improvisé, dans un contexte presque confidentiel. Sans la présence très médiatique de Jean-Pascal Delamuraz, la fusion des mouvements proeuropéens aurait eu quelque peine à forcer l'attention. A l'évidence, les militants ont encore beaucoup de chemin à faire pour mobiliser les foules.

Il est significatif que Jean-Pascal Delamuraz ait réservé sa dernière allocution publique, à deux jours de quitter le Conseil fédéral, à une réaffirmation sans la moindre ambiguïté de son credo européen. Tout le monde attend maintenant de voir si son successeur Pascal Couchepin va ou non sortir du bois sur ce dossier. Le Conseil fédéral se trouve aujourd'hui en première ligne avec l'obligation de prendre rapidement une décision sur l'initiative «Oui à l'Europe», qui l'embarrasse si fort. Sans évoquer l'initiative, Jean-Pascal Delamuraz a néanmoins laissé un message clair (lire en page Opinions). L'assemblée fondatrice du NOMES a appelé samedi le Conseil fédéral à le soutenir clairement «sans s'égarer dans des conditions tactiques». En l'occurrence, ce regroupement des forces permet d'actionner avec d'autant plus d'énergie l'unique moyen de pression que constitue l'initiative pour pousser le Conseil fédéral à sortir de sa réserve.

Le congrès du Parti démocrate-chrétien samedi prochain à Bâle représente en ce sens une autre échéance décisive. Le PDC devrait prendre nettement position en faveur de l'adhésion à l'UE. Si la base du parti suit alors le mouvement initié par le groupe parlementaire, cela constituera une modification significative, quoiqu'en aucun cas décisive, des rapports de force favorables et opposés à l'intégration. Samedi à Aarau, les femmes du PDC suisse ont précédé le mouvement. Elles ont adopté une résolution favorable à l'adhésion, présentée comme la meilleure façon de défendre l'intérêt général de la Suisse. Elles ont enrichi le document préparé par le groupe PDC des Chambres d'un volet spécifique présentant des revendications en matière d'égalité des sexes dans la formation, le monde du travail et la politique, de même que sur les chances de formation de la jeunesse.

Enfin, on sent quelques frémissements dans l'opinion publique. A mesure que se prolongent les négociations avec Bruxelles, le doute s'accroît sur les chances de succès de la voie bilatérale. Selon un sondage publié dimanche par le SonntagsBlick, les Suisses commencent à en avoir assez. Sur 806 personnes interrogées, 52% sont pour l'interruption des négociations bilatérales, contre 38% qui sont disposées à faire de nouvelles concessions pour permettre d'aboutir. Encore faut-il voir quelles conclusions tirent les partisans d'une interruption. Sur le total, 33% sont favorables à une interruption des bilatérales pour sauter dans le train de l'adhésion et 19% se prononcent pour l'Alleingang, surtout en Suisse alémanique.