Le printemps est réellement arrivé ce dimanche en Valais. Le soleil était radieux et les températures ont avoisiné les 20 degrés. Mais c’est surtout politiquement que le Valais a vécu son renouveau. Au soir du second tour de l’élection au Conseil d’Etat, le PDC a perdu la majorité absolue qu’il détenait depuis plus de 170 ans à l’exécutif cantonal. Les démocrates-chrétiens n’ont obtenu que deux des cinq sièges du gouvernement.

La mission de conserver ses trois fauteuils s’annonçait compliquée dès le début de la campagne pour le PDC. Avec une force électorale de l’ordre de 35%, nombreux étaient les observateurs à voir dans son appétit un manque de respect. L’objectif semblait s’éloigner un peu plus après la perte de sept sièges au Grand Conseil et la cinquième place du néophyte Serge Gaudin, distancé par ses colistiers, au premier tour. La mission est devenue impossible avec le danger qui planait sur le deuxième siège Haut-Valaisan.

Le Haut vote comme un seul homme

La partie germanophone du canton a voté en masse pour ses deux candidats, offrant une avance insurmontable au PDC sortant Roberto Schmidt et au conseiller national UDC Franz Ruppen, qui permet à son parti de faire son retour au gouvernement, quatre ans après l’éviction d’Oskar Freysinger. «Ce n’était pas un vote contre le PDC, mais pour le Haut-Valais», clame Aron Pfammatter, chef de groupe du PDC haut-valaisan au parlement, qui reconnaît toutefois que de nombreux démocrates-chrétiens germanophones n’ont pas joué le jeu du parti.

Le Valais romand, lui, a plébiscité le conseiller national Mathias Reynard, qui devient le premier socialiste de la partie francophone du canton à siéger à l’exécutif, et le libéral-radical sortant, Frédéric Favre. «Ce vote représente la population valaisanne, il n’y a rien d’anti-PDC. Si les démocrates-chrétiens sont dans le camp des perdants, la population valaisanne, elle, est la grande gagnante. Chaque parti est représenté de manière normale à l’exécutif cantonal», se réjouit Florian Piasenta, le président du PLR Valais.

Le cinquième homme de ce nouveau Conseil d’Etat entièrement masculin, l’actuel président PDC du Conseil d’Etat valaisan, Christophe Darbellay, était élu par la Constitution, en tant que seul candidat du Bas-Valais. Mais son score est tout de même synonyme de sanction. L’ancien président du PDC Suisse termine cinquième et dernier élu, avec 12 500 voix de moins que lors du premier tour. «J’ai plutôt été habitué à des scores magnifiques dans ma carrière, mais je peux vivre avec ce résultat», commente-t-il.

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Au PDC, l’heure de l’introspection

Christophe Darbellay reconnaît toutefois que la défaite de son parti, avec la non-élection de son colistier Serge Gaudin, «fait mal» et engendre, de facto, la nécessité d’une réflexion pour l’avenir. «Nous devons désormais mener une réflexion de fond. Il y a de vraies questions à nous poser au sujet notamment de l’organisation de notre parti, mais aussi des manières de mobiliser ce nouvel électorat ou de lui parler», souligne-t-il.

Son parti, le PDC du Valais romand, abonde dans ce sens. «La fin de la majorité absolue du PDC au Conseil d’Etat n’est pas synonyme de fin de la démocratie chrétienne en Valais. Mais l’heure est à l’introspection. Nous devons trouver les clés pour éviter de tomber plus bas. Nous allons nous mettre au travail en ce sens, en sachant que l’avenir de notre parti passe notamment par les femmes et les jeunes», appuie le président Joachim Rausis.

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«Le PDC est-il seulement capable de se remettre en question?»

Pour la présidente du PS du Valais romand, Barbara Lanthemann, le PDC a intérêt à se renouveler en optant pour une voie plus proche du centre. «Il a tout à gagner à endosser réellement le rôle de faiseur de ponts dont il ne cesse de parler. Et cela passe par le fait de se débarrasser de ses éléphants, ces anciens élus du parti que tout le monde écoutait il y a dix ans, mais plus aujourd’hui. Mais le PDC est-il seulement capable de se remettre en question?» interroge-t-elle.

La défaite de ce dimanche braque les projecteurs sur une réalité que le parti préférait ignorer jusqu’ici: le Valais mais aussi son électorat évoluent. Pour la première fois, le PDC n’a pas réussi à mobiliser sa base comme il le faisait par le passé, notamment en automne 2019 pour sauver ses deux sièges au Conseil des Etats. «Les gens ne se retrouvent plus dans ce système, qui se nourrit au passage. Et cela, d’autant plus en cette période de crise sanitaire que nous vivons et qui met une frange de la population face à de grandes difficultés. Quelque part, le Covid-19 a accéléré le processus et nous a fait gagner quatre ou huit ans», analyse Cyrille Fauchère. Le président de l’UDC du Valais romand voit dans ce dimanche de mars 2021 «une victoire qui est historique et qui le restera. Cela n’a pas de prix.»