En matière de calomnie, cette affaire est «un cas d'école», a relevé le Tribunal correctionnel de Lausanne lors d'une lecture de jugement longue de deux heures. Pour avoir déversé «un torrent pamphlétaire» et employé des propos d'une rare violence, trahissant à l'envi l'intention de nuire à leurs victimes, Gerhard Ulrich, fondateur d'Appel au peuple, et Marc-Etienne Burdet, son fidèle lieutenant, ont été respectivement condamnés à des peines de 21 et 18 mois de prison. Tous deux sont des récidivistes en la matière. Les six autres accusés de ce procès-fleuve ont bénéficié du sursis.

Cynisme inouï

Aux yeux des juges, Gerhard Ulrich, ulcéré par une procédure de divorce qui l'a contraint à quitter sa maison, a fondé son association pour légitimer sa vengeance personnelle. «Il a trouvé plus simple de se poser en victime plutôt que de se remettre en question», et plus simple de crier au scandale que de chercher à comprendre le bien-fondé de certaines décisions. En se créant l'image de marque d'un dénonciateur de la corruption judiciaire, il a agi sans pitié et avec «un cynisme inouï».

Emporté par sa mission «d'assainir le système», il n'a pas hésité à faire apparaître ses victimes comme des êtres misérables, sans morale, corrompus et hypocrites. Tout cela sans vérifier les accusations portées par les déçus de la justice qui se présentaient à Appel au peuple et dont il se servait des cas pour mener sa croisade.

De même, Marc-Etienne Burdet, dépeint comme «un fanatique» par d'anciens militants, a cherché à régler ses comptes avec des méthodes tout aussi inadmissibles. Tous deux ont été reconnus coupables de calomnie qualifiée, de tentative de contrainte (pour avoir mené 16 raids au domicile d'un juge fribourgeois afin de le pousser à démissionner) et de diffamation. Gerhard Ulrich a également été condamné pour avoir pénétré sans droit et de manière sournoise dans les locaux du Tribunal fédéral.

Les six autres accusés, dont la plupart ont rétracté leurs propos en cours d'audience et présenté des excuses, ont écopé de peines allant de 1 à 9 mois de prison avec sursis. Tous devront s'acquitter des frais de justice et verser des indemnités pour tort moral aux plaignants. Des montants de 1000 à 10000 francs ont été alloués aux victimes. Les 100000 ou 450000 francs réclamés par deux avocats attaqués ont été qualifiés de totalement excessifs. Enfin, la publication du dispositif a été ordonnée à leurs frais dans six quotidiens romands.

Procédure historique

Le Tribunal a également relevé que ce procès était l'une des plus importantes affaires d'atteinte à l'honneur jamais jugée. Exceptionnelle par son volume, le nombre des personnes touchées (13 plaignants), sa durée et la nature très grave des attaques qui se sont toutes révélées sans fondement.

La justice est humaine et donc perfectible et chacun a le droit de penser que celle-ci peut dysfonctionner, ont rappelé les juges tout en soulignant que celle-ci est déjà soumise à différents contrôles. Celui des instances supérieures, des avocats et du public. Toute critique doit se faire dans le respect des autres car «le mépris est source de souffrance», ajoute la décision. Et c'est bien «un but destructeur, très éloigné du simple délit d'opinion» que visait Appel au peuple. Ses leaders n'étaient pas là vendredi pour l'entendre.