«Il a choisi de faire payer les autres pour ce qu'il n'a pas eu durant son enfance. Ce comportement est inacceptable.» A l'heure du réquisitoire, le procureur Carlo Bulletti a eu des mots sévères à l'encontre de l'ancien employé de l'EPFL jugé depuis lundi pour avoir touché des pots-de-vin durant vingt ans d'activité au sein des services techniques. Le Ministère public fédéral a demandé 2 ans et demi de prison contre ce responsable de secteur «autoritaire et lunatique» qui avait mis sur pied un véritable système destiné à l'enrichir.

Aux yeux du procureur, l'existence d'un «pacte de corruption» entre l'accusé principal et les entrepreneurs qui voulaient rester sur le site d'Ecublens ne fait aucun doute. Mis au pied du mur, selon l'expression d'un des patrons concernés, ceux-ci devaient payer ou partir. Parmi les dix autres prévenus, accusés d'avoir versé les commissions, gonflé certaines factures ou établi des faux, il y a, selon Carlo Bulletti, différents types de profils: petits et grands payeurs, réguliers et occasionnels, fortunés et désargentés, ceux pour qui il eût été facile de se soustraire à la pression, ceux qui ont des remords et ceux qui n'en ont pas. Contre ces entrepreneurs de la région lausannoise, dont certains ont reconnu les faits, le procureur fédéral a requis des peines allant de 1 à 15 mois de prison avec sursis. La peine la plus lourde vise celui qui a admis avoir versé près de 145000 francs de commissions à ce responsable, qui était aussi son partenaire au poker.

Partie civile, l'EPFL, représentée par Me Alain Thévenaz, s'est globalement ralliée à l'analyse du Parquet. Certes, le dommage matériel n'a pas été très important pour la haute école - le préjudice financier se monterait à quelque 7000 francs, soit le total des factures gonflées par certains installateurs. Il est toutefois un autre préjudice sur lequel Me Thévenaz a plus longuement insisté. C'est l'atteinte à l'image de l'Ecole. Auprès des entrepreneurs d'abord qui la voyaient comme le lieu d'une corruption généralisée, mais aussi auprès du public qui, après la révélation de cette affaire, a associé son nom aux pots-de-vin.

Premier d'une longue liste de défenseurs à prendre la parole, Me Christian Bettex a plaidé l'acquittement de son client. Pour les commissions versées par ce chef d'entreprise, la prescription est atteinte. Quant à l'accusation de faux dans les titres, son avocat estime que celle-ci n'est pas réalisée dans le cas de simples factures. Me Bettex a évoqué la tristesse qu'inspire une classe moyenne inquiète, celle-là même qui prônait les valeurs du travail bien fait, de la famille et de l'honnêteté, et qui a abdiqué sur la dernière sans très bien se rendre compte de ce qui s'était passé.

Les plaidoiries reprendront mardi prochain devant le Tribunal pénal fédéral. Jugement le 20 février.