Justice

De la prison ferme pour un radicalisé qui avait menacé la Suisse

Très perturbé mentalement, l’homme qui avait laissé entendre que des bombes allaient exploser à Lausanne et Genève a été condamné à de la prison. Il a été jugé pénalement responsable

Le Tribunal correctionnel de Thonon a condamné jeudi un Haut-Savoyard habitant à Annemasse, que l’on appellera Akim, à une peine de 18 mois d’emprisonnement assortie d’un sursis de 6 mois. Mais ce sont en tout 22 mois de détention que cet homme de 26 ans purgera pour des faits antérieurs. Akim, crâne rasé et barbu, a été condamné pour transport d’armes de catégorie D type Gomm Cogne non létales (appelées aussi Lady Pistol) dont le port est prohibé en France.

Tout au long de la comparution s’est posée la question de la responsabilité pénale de l’individu, que deux expertises psychiatriques ont présenté comme pré-psychotique, schizophrénique et versant dans un délire mystique. Une troisième expertise réalisée il y a quelques jours dans un hôpital pénitentiaire lyonnais où Akim est détenu a démenti ce diagnostic et l’a jugé responsable de ses actes.

Lire aussi: «On va se faire exploser en Suisse!»

«Ça va péter à Lausanne et Genève»

Akim, musulman pratiquant, qui a tenté de se rendre en Syrie en 2015, évoque des bouffées délirantes qui souvent le submergent et le rendent tout-puissant. Il se dit capable «d’affronter les armées du monde entier dans le désert». Le 13 août 2017, il se marie religieusement à Annemasse en cinq minutes avec une jeune Parisienne pratiquante rencontrée sur Snapchat, puis agresse verbalement des gens qui assistent à un baptême dans une église d’Annemasse. Il leur dit qu’ils ne sont pas en sécurité. Il est appréhendé et des messages sur son téléphone indiquent qu’il fait allégeance au «califat» et que «ça va péter à Lausanne et Genève». Ce jeudi, il parle aussi d’un attentat plus gros que le 11-Septembre qui se préparait à Paris entre le 18 et le 28 août et d’une bombe qui va exploser «à l’ambassade d’Arabie saoudite à Lausanne et chez les sionistes près de l’ONU à Genève».

Fou ou simulateur?

Face aux enquêteurs, Akim raconte qu’il est un Viking musulman, un bouddhiste musulman, qu’il veut faire une médiation pour que cessent la guerre en Syrie et les attentats en France. Voix étouffée au débit lent, des absences, des cris aussi, Akim est de toute évidence un homme malade. Ce que reconnaît Philippe Toccanier, le procureur de la République, qui toutefois juge que «l’accusé fait partie de cette cohorte de personnes qui peuvent passer à l’acte». Un fou ou un simulateur? Le procureur penche pour le second en rappelant que l’accusé est un homme très connecté avec l’Etat islamique (des textos échangés avec Omar Diaby, un des recruteurs des djihadistes français), qui ne travaille pas mais voyage (Barcelone fin juillet avec des Frères musulmans de Marseille). «Comment obtient-il l’argent pour avoir cette latitude à se déplacer? C’est le schéma d’une délinquance de droit commun, drogue, violences avec armes, alliée à une forme d’idéologie de radicalisation», estime Philippe Toccanier.

Le tribunal a donc jugé Akim responsable pénalement et l’a condamné à de la prison. Il ne fera pas appel. Il évoquait quelques minutes plus tôt sa volonté d’être déchu de sa nationalité française et d’aller vivre en Algérie d’où est originaire sa mère (son père qui vit en Suisse est d’origine turque). Le verdict tout à coup semble l’apaiser. Il aura l’obligation d’être suivi médicalement et de prendre ses traitements. Il envoie un baiser à sa mère et répète qu'«il s’excuse pour les menaces et d’avoir fait peur».

Publicité