Devant la justice

«La contradiction n’est qu’apparente.» Une manière subtile de dire que le Tribunal fédéral n’aurait pas compris grand-chose au raisonnement des juges vaudois. Visiblement, la Cour de cassation cantonale n’a pas apprécié de devoir affiner sa copie dans l’affaire de l’assassinat d’Epalinges où un couple de retraités avait été agressé à son domicile par un duo de désœuvrés en quête de butin.

Sans grande surprise et après dix minutes de délibération publique, les juges ont à nouveau confirmé la peine privative de liberté à vie prononcée contre le brigand albanais qui s’était acharné à coups de pied sur la tête du vieil homme gisant à terre. Cruauté, lâcheté, froideur affective, mépris total de la vie d’autrui, mobile le plus vil qui soit, dénégations absurdes, responsabilité entière, tout cela vaut bien, dit une fois encore la Cour, la sanction la plus lourde prévue par le code pénal.

L’Albanais en question estimait sa peine excessivement sévère en elle-même et par comparaison avec celle de son comparse (un Lausannois mythomane, Mister Suisse romande recalé) qui lui a été condamné à 16 ans de prison. Le Tribunal fédéral a prêté une oreille attentive au premier argument et, du coup, n’a pas examiné le second. Les juges vaudois ont donc été priés d’expliciter de manière moins succincte ce qui les avait amenés à prononcer une perpétuité, sanction extrême pour laquelle «une motivation particulièrement complète et précise doit être exigée».

Maladresse

En l’espèce, il s’agissait surtout de clarifier si les seules circonstances de l’assassinat avaient amené les premiers juges à opter pour la prison à vie ou si c’est le concours d’infractions et la dangerosité – raisonnement peu admissible en l’occurrence – qui ont poussé le curseur vers le haut. Il fallait enfin mieux expliquer en quoi ce crime présentait des caractéristiques spécifiques méritant une telle sévérité.

La Cour de cassation s’est donc prêtée à l’exercice en admettant que la formulation initiale était peut-être un peu maladroite. Exit donc le concours d’infractions et la dangerosité si ce n’est pour asseoir la froideur et la détermination de l’auteur. La perpétuité se justifie ici par le seul assassinat commis avec une absence très particulière de scrupules. La défense, Me Jean Lob, qui demandait une peine de l’ordre de 12 ans, n’a peut-être pas dit son dernier mot.