Justice

La prison à vie pour le meurtrier de Rupperswil

Le Tribunal de district de Lenzbourg (AG) dépeint un crime particulièrement cruel et sans scrupule. Il condamne Thomas N. à une peine de prison à vie, assortie d’une mesure d’internement simple

Un crime «planifié, primitif et purement égoïste», commis de manière «froide et sans scrupule», a dépeint le juge au moment du verdict, dans le procès de Thomas N. Le meurtrier de Rupperswil écope d’une peine privative de liberté à vie – la plus élevée qui soit – assortie d’une mesure d’internement simple. Tenant compte du risque élevé de récidive, le Tribunal de district de Lenzbourg a opté pour cette disposition, qui permet de maintenir un détenu enfermé tant qu’il est considéré comme un danger pour la sécurité publique. La défense réclamait une peine de 18 ans au plus et l’abandon des charges d’actes préparatoires. 

Le 21 décembre 2015, Thomas N. est entré chez la famille S. en se faisant passer pour un psychologue scolaire. Il a pris en otage D., 13 ans, ligoté sa mère, 48 ans, son frère, 19 ans, et la copine de ce dernier. Dans les heures qui ont suivi, il a  siphonné le compte bancaire de ses victimes, abusé du plus jeune garçon, puis tranché la gorge des membres de la famille un à un, avant de mettre le feu aux corps. «Thomas N. a agi à plusieurs reprises sans scrupule. Il savait ce qu’il faisait, et il l’a voulu. Les victimes ont été froidement massacrées», estime le juge. Le tribunal a considéré particulièrement cruel d’avoir imposé à la jeune femme d’assister à l’égorgement de son petit ami. Il estime en outre que l'individu planifiait bel et bien un nouveau crime. Une semaine après les fait à peine, il s'était mis en quête de nouvelles victimes. «Des indices d'un acte en série», estime le juge. 

La procureure Barbara Loppacher avait demandé au juge d’ignorer les conclusions des experts et de prononcer une mesure d’internement à vie, mise à l’écart la plus radicale du dispositif légal, entrée en vigueur en 2008 après une votation populaire. Selon elle, les expertises n'ont pas permis d'établir un lien de causalité entre les troubles psychiques de Thomas N. – une personnalité narcissique et manipulatrice – et ses actes. Sans source du problème identifiable, pas de cure possible, avait-elle expliqué en substance. Un argumentaire suivi par une minorité du tribunal.

Or les conditions légales ne sont pas réunies pour prononcer cette mesure. Les deux psychiatres ont affirmé «sans aucune ambiguïté», que Thomas N. n’était pas incurable, a relevé le juge. Les spécialistes, qui ont chacun un millier d’expertises à leur actif, ont estimé impossible d’émettre un avis définitif au sujet d’un homme de 34 ans auparavant inconnu de la police et qui n’a jamais suivi de traitement psychiatrique. Ils avancent en outre qu’une longue thérapie pourrait conduire à une évolution positive de l’intéressé, à condition que ce dernier se montre transparent.

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«Un jugement dur»

La cour retient l’agression sexuelle comme élément central de l’enchaînement de violences. «Sans le diagnostic de pédophilie et de troubles de la personnalité, Thomas N. n’aurait pas commis les autres crimes», estime le tribunal. Les conditions sont remplies pour une mesure d’internement ordinaire, a précisé le juge, notamment un risque élevé de récidive.

La sévérité de cette décision a pour effet de contenter le plus grand nombre. «Notre but – la peine de prison à vie – est atteint. Nous n’avons pas obtenu l’internement à vie, mais grâce à la mesure d’internement simple, cet homme très dangereux restera longtemps derrière les barreaux», réagit la procureure. «J’avais espéré que cette mesure soit prononcée pour que cet homme ne puisse plus se retrouver en liberté. Je suis satisfait», déclare de son côté l’ami de la mère décédée. «C’est un jugement dur, mon client a de la peine à comprendre, mais il est très heureux de pouvoir suivre une thérapie», commente enfin Renate Senn, avocate de Thomas N. Thomas N. devra verser aux proches des victimes quelque 700 000 francs d'indemnités et de réparation pour tort moral, auxquels s'ajoutent les 525 000 francs de coût du procès.

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